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2016

  • Décembre 2016 : L’Église de Chypre et les pourparlers de réunification

Alors qu’un nouveau cycle de pourparlers sur la réunification de l’île est prévu à Genève un mois plus tard, le Saint-Synode de l’Église de Chypre a exprimé ses plus vives inquiétudes et a demandé au président de la République de Chypre d’informer leur organe de l’évolution de la question chypriote. La déclaration du Saint-Synode se lit comme suit : "À la suite d’une discussion approfondie, tous les membres du Saint-Synode ont exprimé leur plus profonde inquiétude quant à ce qui apparaît au grand jour concernant le nouveau cycle de négociations à venir à Genève du 9 au 12 janvier." (Cyprus Mail). Le Saint-Synode a également décidé d’inviter d’autres dirigeants politiques et d’entendre leurs positions sur la question avant de prendre position.

En septembre 2016, le Saint-Synode avait déjà exprimé ses préoccupations quant à l’orientation prise par les pourparlers, notamment en ce qui concerne l’avenir de la République de Chypre et la protection de l’hellénisme sur l’île. La déclaration de septembre 2016 se lit comme suit : "Si la République de Chypre est abolie et remplacée par une nouvelle nation basée sur deux États égaux, il est certain - la politique de la Turquie tout au long des années ne laisse aucune place au doute - que très bientôt la Turquie conduira les choses dans une impasse, et ne pouvant recourir aux organisations internationales sans le consentement de la Turquie, nous serons pris en otage, ce qui annonce le début de la fin de l’hellénisme à Chypre." (Cyprus Mail). Le débat rappelle la place centrale de l’Église orthodoxe dans la société chypriote grecque.

  • Octobre 2016 : La religion à l’école

En octobre de cette année, la médiatrice de la République de Chypre, Eliza Savvidou, a décidé d’agir, parce que la participation des élèves de primaire et de secondaire aux activités religieuses se fait sans prendre en compte leur affiliation religieuse. En principe, selon le ministère de l’Éducation, les élèves appartenant à d’autres groupes religieux que l’Église grecque orthodoxe (soit les arméniens, les maronites, et les latins) ne sont pas tenus d’assister aux cours d’éducation religieuse, du fait de leur droit à la liberté religieuse. En réalité, ce droit semble difficile à mettre en œuvre en République de Chypre. En effet, quelle que soit leur appartenance religieuse ou ethnique, les élèves sont poussés à assister aux services religieux ou aux cours de religion organisés par les établissements d’éducation, malgré la neutralité affirmée de l’État.

La mission officielle de la médiatrice est de surveiller l’application de la politique du ministère de l’Éducation sur les exemptions religieuses, et de maintenir un dialogue sur la liberté religieuse dans l’éducation. Selon le rapport Cyprus 2015 International Religious Freedom Report du Département d’État des États-Unis, le bureau de la médiatrice a reçu plusieurs plaintes à ce sujet en 2014.

L’Église orthodoxe a appelé à manifester contre la demande de neutralité de l’État exprimée par la médiatrice. L’archevêque Chrysostome refuse que la médiatrice exerce son autorité pour surveiller si les élèves vont à l’Église ou non. Le chef de l’Église orthodoxe de Chypre a déclaré : "Que les enfants aillent à l’Église ou non, cela ne la regarde pas. Le ministère de l’Éducation a son programme, et ne demandera pas à la médiatrice s’il doit l’appliquer ou non" (voir l’article du Cyprus Mail). La neutralité de l’État en ce qui concerne l’éducation publique est perçue par l’Église orthodoxe comme résultant de la volonté de l’Union européenne de séculariser la société chypriote.

  • Mars 2016 : L’Église s’oppose au projet de loi sur l’avortement

L’Église orthodoxe de Chypre s’oppose à un projet de loi autorisant l’avortement jusqu’à la douzième semaine de grossesse sans exiger ni une justification ni une condition médicale qui empêcherait la poursuite de la grossesse. La législation actuelle à Chypre permet d’interrompre une grossesse si elle résulte d’un viol, si la vie de la mère est en danger, ou si la grossesse devait causer "un dommage physique ou mental" à la mère ou à l’un de ses autres enfants. La proposition de loi a été discutée en comité par la Chambre des députés.

En réponse, le Saint synode de l’Église orthodoxe de Chypre a publié une encyclique distribuée dans toutes les paroisses de l’île, affirmant que l’avortement est un meurtre. Le document déclare : "Nous avertissons les services de l’État qui ont préparé ce projet de loi sans prendre en considération la sensibilité religieuse et ethnique, ni même les traditions de notre peuple, qu’ils se préparent à prendre leurs responsabilités devant Dieu et devant notre nation pour avoir tenté de changer ses coutumes nationales".

D 20 décembre 2016    ANicolas Kazarian

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