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2018

  • Septembre 2018 : Activisme confessionnel et inclusion sociale à l’ère de la laïcité

La religion rapproche-t-elle les gens ou crée-t-elle des tensions et renforce-t-elle les clivages sociétaux ? Ce sujet continue de susciter des discussions animées sur la religion et son rôle dans la promotion du militantisme communautaire et de l’inclusion sociale en Grande-Bretagne.

Des données récentes issues de sondages d’opinion indiquent que la valeur sociale de l’affiliation religieuse reste contestée. Selon Global Study réalisée en 2017, 6 personnes sur 10 en Grande-Bretagne pensent que la religion fait plus de mal que de bien. Une enquête réalisée par Ipsos-Mori pour la BBC a révélé que 47 % des personnes interrogées pensaient que les différences entre les religions étaient considérées comme l’un des principaux facteurs de division. Sur la base de ces données, la National Secular Society a même recommandé aux décideurs politiques d’éviter de diviser les gens selon des critères religieux.

La façon dont l’appartenance religieuse est perçue dans la société britannique offre un aperçu fascinant des attitudes du public à l’égard de l’égalité et de l’inclusion religieuses. Par exemple, 27 % des Britanniques adultes interrogés par YouGov en août 2018 ont estimé qu’il était plus acceptable de critiquer le christianisme, mais 49 % ont suggéré qu’il n’était ni plus ni moins acceptable de critiquer le christianisme que toute autre religion. Le même sondage a également révélé que les personnes interrogées voyaient des avantages évidents à ce que des personnes d’origines ethniques et religieuses différentes se mélangent.

La relation mutuellement bénéfique entre la religion, le capital social et l’activisme communautaire est bien documentée. Elle est non seulement mise en évidence par le travail considérable des organisations chrétiennes (voir Church in Action : A National Survey), mais aussi par des groupes religieux minoritaires, notamment les communautés musulmanes, juives, hindoues et sikhes (voir Public Faith and Finance ou Belief in Social Action).

Dans le climat actuel d’austérité financière, les organisations confessionnelles et caritatives apportent une contribution importante à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale en Grande-Bretagne en fournissant une aide sociale et en organisant des collectes de nourriture, en organisant des consultations sur l’endettement et en faisant pression sur le gouvernement pour qu’il s’attaque aux difficultés financières.

Selon le rapport Public Faith and Finance, nombre de ces activités cherchent à adopter une approche inclusive et collaborative. Plutôt que de répondre aux besoins de leur propre communauté religieuse, les différentes organisations confessionnelles, telles que Sufra Foodbank and Kitchen ou Midland Langar Seva Society, visent à fournir un soutien à leur voisinage local, indépendamment de l’affiliation religieuse des personnes ou de leur absence d’affiliation. En particulier, un certain nombre d’organisations différentes ont mis en commun leurs ressources et utilisé les locaux et les lieux de culte des uns et des autres pour atteindre un plus grand nombre de bénéficiaires.

L’année dernière, le groupe parlementaire multipartite sur les musulmans britanniques a rédigé un rapport détaillé intitulé "Faith as the Fourth Emergency Service->https://static1.squarespace.com/static/599c3d2febbd1a90cffdd8a9/t/5ae09b288a922d758d2cd414/1524669250245/+Faith+as+the+Fourth+Emergency+Service+V3+Print.pdf" [La foi en tant que quatrième service d’urgence] afin de présenter les contributions des organisations caritatives musulmanes britanniques à la société britannique, non pas de manière isolée, mais souvent en partenariat avec d’autres groupes religieux et laïques. En fait, le travail des organisations caritatives musulmanes britanniques est considéré comme un solide antidote à certaines des idées négatives véhiculées par les médias sur les communautés musulmanes britanniques.

L’action collaborative des religions pour aider et accueillir les réfugiés syriens offre une autre illustration de la convergence des valeurs religieuses et des motivations humanitaires : de la collecte de fonds et de l’aide sociale à la campagne sur les questions de réinstallation et d’asile. Les églises et les organisations humanitaires du Royaume-Uni ont appelé le gouvernement à agir, en encourageant les membres des églises à faire des dons et en apportant leur soutien dans la mesure du possible. Il y a eu d’autres exemples de communautés différentes travaillant ensemble pour accueillir les réfugiés et soutenir leur intégration avec l’aide de groupes communautaires de parrainage de réfugiés, tels que les dernières initiatives à Kingston.

Dans leur récent rapport sur "Faith and Welcoming", le personnel et les étudiants de l’Université de Bristol ont constaté que la fréquentation mensuelle d’un lieu de culte contribue à générer des "attitudes plus chaleureuses envers les immigrants". Leur analyse des données de l’enquête britannique sur les attitudes sociales a montré que les personnes activement religieuses étaient les moins susceptibles de choisir l’immigration comme sujet de préoccupation, suivies des personnes non religieuses, puis des personnes nominalement religieuses. L’une des explications possibles de ce phénomène est l’effet des messages d’ouverture à l’égard des immigrants et des réfugiés qui sont souvent diffusés par le personnel religieux et repris par la congrégation.

Compte tenu de la diminution du nombre de personnes participant à la religion organisée, le succès ou l’échec de ces pratiques inclusives peut dépendre non seulement du niveau des ressources et des opportunités locales, mais aussi de la volonté de créer des partenariats de collaboration entre les membres religieux et non religieux vivant dans les mêmes quartiers locaux.

  • Septembre 2018 : Nouvelles recommandations pour l’enseignement de l’éducation religieuse dans les écoles britanniques

La Commission on Religious Education in England and Wales indépendante vient de publier un nouveau rapport sur le rôle de l’éducation religieuse (ER) en Grande-Bretagne. À la lumière du déclin de l’affiliation religieuse dans le pays, le rapport apporte une contribution significative à la compréhension de l’évolution du rôle de la religion dans la société et l’éducation britanniques.

Au début de cette année, l’ancien secrétaire travailliste à l’éducation Charles Clarke et Linda Woodhead, professeur au département de politique, de philosophie et de religion de l’université de Lancaster, ont publié un pamphlet exposant leur vision pour la religion et la croyance dans les écoles, dans lequel ils appellent à une série de changements dans la manière dont l’enseignement religieux est dispensé. La loi sur l’éducation de 1944 a fait l’objet de vives critiques, car elle est de plus en plus considérée comme dépassée et ne répondant plus aux besoins de la société contemporaine, dans laquelle la foi chrétienne n’est plus aussi importante qu’autrefois. En 2017, la British Social Attitudes Survey a révélé que 52 % des personnes n’avaient aucune religion, contre seulement 41 % en 2002.

Sur la base des résultats d’une étude de deux ans menée par la Commission, le nouveau rapport suggère que le programme d’études soit mis à jour pour refléter la diversité des perspectives religieuses et non religieuses. La principale recommandation est un nouveau droit national pour tous les élèves de toutes les écoles, qui spécifie la manière dont le sujet doit être enseigné pour refléter la complexité, la diversité et la pluralité de la manière dont la "religion" et les "visions du monde" sont conceptualisées et vécues dans la Grande-Bretagne moderne.

Le rapport ne prétend pas que la religion a complètement perdu son importance. Cependant, il souligne la nécessité de s’engager avec une variété de religions et de visions du monde, y compris l’humanisme, la laïcité, l’athéisme et l’agnosticisme. Il recommande également que l’enseignement religieux soit obligatoire dans toutes les écoles publiques et que les enseignants reçoivent une meilleure formation dans cette discipline.

La Commission a été en partie motivée par l’évidence de l’effondrement de la qualité de l’enseignement religieux au cours des dernières années et par la diminution de l’intérêt porté à cette matière. Certains parents ont également exprimé leurs inquiétudes, car ils ne souhaitaient pas que l’islam soit enseigné à leurs enfants dans le cadre des cours de religion.

Le rapport a suscité des réactions mitigées. Si le responsable de l’éducation de l’Église d’Angleterre a salué les recommandations, les critiques les plus virulentes sont venues des représentants d’écoles à caractère religieux. Par exemple, le Board of Deputies of British Jews a critiqué "la dilution de l’éducation religieuse par l’inclusion de visions du monde". Le Catholic Education Service a déclaré que "la qualité de l’enseignement religieux n’est pas améliorée en enseignant moins de religion" (voir The Conversation).

Le débat sur la nature changeante de l’enseignement religieux dans les écoles continue de diviser les opinions. Pour certains, il s’agit d’une tentative de dilution du programme ou même d’une remise en cause de certaines concessions multiculturelles obtenues par les écoles confessionnelles dans leur lutte pour maintenir leur éthique distinctive. Pour d’autres, un champ d’application plus large et plus inclusif de l’enseignement religieux est considéré comme une mesure progressiste destinée à renforcer le rôle de la religion dans le programme national.

D 24 septembre 2018    AKatya Braginskaia

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