eurel     Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà
Vous êtes ici : Accueil » Roumanie » Questions et débats actuels » 2021 » Scandale après une enquête journalistique sur les fonds publics alloués à (...)

Scandale après une enquête journalistique sur les fonds publics alloués à l’Église

  • Octobre 2021

Une publication d’investigation a récemment publié deux documents (un article et une vidéo contenant des images capturées avec une caméra cachée) : la cathédrale de la prédation de la nation (allusion à la cathédrale du Salut de la nation ou cathédrale nationale) et le clan du grand Blanc (allusion au Patriarche Daniel de l’Église orthodoxe roumaine, dont la tenue vestimentaire est complètement blanche et surnommé ainsi par certains journalistes), à travers lesquels sont dénoncés la non-transparence et la gestion frauduleuse des fonds attribués par l’état à l’Église orthodoxe roumaine.

Compte tenu de l’ampleur des réactions et l’intérêt du public pour le sujet (plus de 1,4 million de vues sur youtube en moins de 2 jours), cette approche journalistique a eu un impact important sur l’Église orthodoxe roumaine, mais aussi sur la société roumaine dans son ensemble.

L’enquête journalistique affirme avoir démasqué « le réseau secret dans lequel hommes d’affaires, hommes politiques et hauts prélats de l’Église travaillent main dans la main dans une méga entreprise : la construction et la réhabilitation d’églises avec de l’argent public ». Il est également indiqué que « la plus imposante construction érigée en Roumanie au cours des 30 dernières années a englouti des centaines de millions de Lei de fonds publics, mais les citoyens se voient refuser le droit de connaître la destination exacte de l’argent ».

La réaction de l’Église orthodoxe roumaine a été immédiate et véhémente. Elle s’est exprimée par la voix du porte-parole du Patriarcat roumain, ainsi que par deux communiqués de presse (ici et ici) de l’archidiocèse de Bucarest. Pour résumer, du point de vue de l’Église, cette enquête journalistique n’a que le « but pathétique » de frapper l’Église, son patriarche et la foi chrétienne orthodoxe. Cette conviction des représentants de l’Église est renforcée par le fait que les documents journalistiques ont été rendus publics juste au moment du plus grand pèlerinage de Roumanie qui a lieu chaque année le 14 octobre, la fête de Sainte Parascheva de Iaşi.

De nombreuses personnalités publiques, ainsi qu’une partie de l’élite intellectuelle, ont exprimé leur fidélité à l’Église orthodoxe roumaine et au patriarche Daniel, qualifiant à leur tour l’enquête journalistique évoquée comme une « tromperie pathétique », un « faux manifestement biaisé », « un reportage manipulateur » réalisé par « quelques mercenaires du pseudo-journalisme ».

De nombreuses personnes, philosophes ou hommes politiques, ont pris part à la publication qui a mené l’enquête journalistique et estiment qu’elle a mis en lumière « une réalité discrète : la foi du peuple. De simples Roumains, pris entre leur amour pour Dieu et l’avidité des dirigeants temporaires de l’Église. Ces pauvres et fidèles... sauveront l’Église de l’incrédulité, de la cupidité, de la précarité morale et du mensonge ».

Cependant, les conséquences immédiates et concrètes de cette enquête journalistique sont les démissions d’un ecclésiastique, le vicaire diocésain de l’archidiocèse de Bucarest et d’un laïc, membre du Conseil général de Bucarest, d’un parti politique et de l’Assemblée nationale de l’Église (organisme délibératif central de l’Église orthodoxe roumaine). Les deux étaient visés par l’enquête en caméra cachée. La presse rapporte que la Direction nationale anticorruption (DNA) s’est impliquée dans cette affaire.

Du point de vue d’un sociologue des religions, ces révélations sur les affaires ecclésiastiques s’inscrivent dans un contexte totalement défavorable pour l’Église. Le contexte social est difficile (tendance économique à la baisse qui affecte gravement la population), le contexte sanitaire est très difficile (rythme de croissance rapide de l’infection au covid-19), tout cela sur fond de crise politique (la Roumanie est en pleine crise gouvernementale – le gouvernement a été récemment démis de ses fonctions par une motion de censure). La confiance dont l’Église orthodoxe roumaine bénéficiait de la part des Roumains en souffrira certainement. « Ce n’est que maintenant que l’Église orthodoxe roumaine entre véritablement dans la modernité. Cet événement malheureux et si critique de la pandémie met l’Église encore plus fortement face à la modernité. [...] Une rupture entre la politique et l’Église est décidément à opérer. Il arrivera probablement un moment où l’Église ne sera plus financée par l’État, et ce sera peut-être pour le bien de l’Église ».

D 15 octobre 2021    AGabriel Birsan

CNRS Unistra Dres Gsrl

Suivez nous :
© 2002-2021 eurel - Contact