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Laïcité et religions : quel programme des candidats à la présidentielle 2022 ?

Laïcité et religions ont continuellement marqué le mandat d’Emmanuel Macron, de sa visite auprès du Pape en novembre 2021 à la Loi confortant le respect des principes de la République du 24 août 2021, sans omettre la suppression de l’Observatoire de la laïcité ou encore le remplacement du CFCM (Conseil français du culte musulman) par le Forum de l’islam de France début février (voir Le Monde). C’est ainsi sans surprise que la laïcité et les religions figurent parmi les thématiques abordées par les candidats à l’élection présidentielle, dont les programmes montrent une nette distinction entre les partis de droite et de gauche de l’échiquier politique.
C’est sous couvert de logiques sécuritaires, éducatives ou tout simplement démocratiques que les douze candidats proposent diverses mesures afin de mener à bien leur conception de la laïcité. Ainsi, la droite et l’extrême-droite (Valérie Pécresse, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et Éric Zemmour) se regroupent autour d’une vision assimilationniste de la laïcité, qui prône la lutte contre le radicalisme religieux. Les candidats se montrent extrêmement fermes vis-à-vis de la pratique de l’islam en France, tout en se disant proches de la culture et/ou religion chrétienne, comme le montrent les visites en Arménie de V. Pécresse et E. Zemmour en soutien aux chrétiens d’Orient (voir Libération). Quant à la gauche (Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jean Lassalle, Yannick Jadot, Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo), elle met en avant une vision plus « classique » d’une laïcité de séparation, qui se veut fidèle à l’esprit de 1905. Enfin, le président sortant défend une laïcité de reconnaissance des cultes, comme l’explique Philippe Portier (chercheur au GSRL), mais rejoint sur de nombreux points la vision de la droite, notamment sur la question de la surveillance des cultes : les religions doivent s’inscrire dans le cadre des lois de la République.
En approfondissant l’étude des programmes des candidats, on retrouve des idées phares correspondant à ces deux visions de la laïcité. D’un côté, des mesures comme l’interdiction du port du voile, la fermeture de mosquées en cas de discours « hostiles à la France » (V. Pécresse) ou le contrôle strict des imams (E. Zemmour) sont proposées par la droite et l’extrême-droite, dans l’objectif de contrôler la présence du religieux dans l’espace public et surtout de combattre à tout prix l’extrémisme religieux. E. Macron se concentre également sur l’idée de faire reculer l’islam radical en contrôlant plus strictement les instances musulmanes, ce qui explique le récent ralliement du Printemps Républicain à son programme (voir Le Figaro). De l’autre côté de l’échiquier politique, alors que N. Arthaud, J. Lassalle ou encore A. Hidalgo ne proposent rien de véritablement concret à ce sujet, J.-L. Mélenchon et F. Roussel veulent abroger le Concordat encore appliqué dans certaines régions de France, ainsi que la loi « contre les séparatisme » (avec P. Poutou), et réinstaurer un Observatoire indépendant de la laïcité. Les candidats de gauche mènent une ligne globale de lutte contre les amalgames et les discriminations, tout en combattant les communautarismes et l’extrémisme religieux. Toutefois, certains transferts s’opèrent entre ces deux visions. Fabien Roussel se voit ainsi critiqué pour sa « droitisation » récente, dans la rigidification de sa politique vis-à-vis de l’islam au sein des questions migratoires et sécuritaires (voir Libération). Y. Jadot prône, quant à lui, une « laïcité apaisée », républicaine, mais plutôt en adéquation avec le séparatisme défendu par E. Macron.
Malgré le regain d’importance du phénomène religieux dans la société civile, il semble que le sujet de la laïcité n’ait été soulevé, durant ces élections, qu’au travers des prismes de droite et d’extrême-droite, montrant une certaine crispation autour des questions sécuritaires et migratoires. Les populations musulmanes se sentent donc les plus directement concernées par ces débats agités, même si les mouvements chrétiens ne sont évidemment pas en reste. Ainsi, dans son adresse aux candidats, la Fédération protestante de France adopte une position similaire aux partis de gauche en dénonçant la loi du 24 août 2021 et les conséquences néfastes qu’elle a pu engendrer au sein des associations de culte.
Ainsi, dans quelques semaines, l’une de ces visions de la laïcité s’imposera. Il n’est pour autant pas certain qu’elle sera finalement celle appliquée par le/la nouveau/elle président/e durant les cinq années de son mandat.

Autres sources : Le Monde, La Croix.

D 5 avril 2022    AAnne Lancien AClaire Feillet

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