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De l’après-guerre à aujourd’hui

Comme partout ailleurs dans le monde, la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale a été marquée par un changement discontinu, graduel, mais finalement dominant, dans les modèles religieux et socioculturels qui prévalaient jusqu’alors au Canada. En 1949, la politique antijaponaise, qui avait vu l’internement des Japonais pendant la guerre et leur déportation partielle par la suite, a finalement été arrêtée ; en 1951, les restrictions précédemment interdites sur la pratique des modes religieux indigènes, comme le potlatch, ont commencé à être levées. Les années 1960 marquent le début de la fin du système de pensionnats pour les enfants autochtones (la dernière école n’a fermé qu’en 1996). Néanmoins, et c’est peut-être le point le plus important, la politique d’immigration canadienne du début des années 1960 a changé radicalement : plutôt que de sélectionner efficacement les immigrants selon des critères de race et d’origine, les nouvelles lois et politiques ont introduit en 1967 un système de points d’immigration, qui utilisait principalement des critères d’éducation, de langue et de compétences, et certainement pas l’origine culturelle, la race ou la religion, pour décider qui serait admis. Le résultat a été, du point de vue de l’identité religieuse, un afflux rapide de non-Européens et de non-chrétiens, sans parler d’une diversité accrue de chrétiens.

Les années 1960 sont marquées par ce que l’on a appelé la Révolution tranquille au Québec. Essentiellement, elle a démantelé le pouvoir institutionnel et la place de l’Église catholique romaine dans ce qu’on appelait de plus en plus la société québécoise ; et elle a entraîné un déplacement beaucoup plus important de l’identité canadienne-française vers un accent territorial et politique, ce qui s’est manifesté dans le mouvement pour la souveraineté du Québec à la fin du XXe siècle, mais aussi dans le déclin rapide et sérieux de l’importance de la religion (catholique romaine) dans la vie du Québécois moyen. Une sécularisation parallèle s’est produite dans la plupart des autres régions du Canada à la même époque. En réponse à ces développements, le gouvernement fédéral s’est orienté vers une plus grande reconnaissance du "fait français" au Canada, un processus qui a abouti à la déclaration du bilinguisme officiel (fédéral) et, peut-être un peu ironiquement, à la promulgation de la première politique officielle de multiculturalisme du Canada sous Pierre Trudeau en 1971. Cette orientation bilingue et multiculturelle a ensuite été développée et enchâssée dans la Loi constitutionnelle de 1982 et sa Charte des droits et libertés. Il en est résulté une large valorisation, non seulement politique mais aussi culturelle, du Canada en tant que pays culturellement et, par là même, religieusement diversifié, en dépit d’une vision nationale légèrement différente au Québec.

L’enquête nationale auprès des ménages de 2011 (qui a remplacé le recensement fédéral de cette année-là) a montré que les chrétiens de tous bords ne représentaient plus que 67 % de la population. L’ancien "establishment de l’ombre" a été particulièrement touché : les 39 % de catholiques romains et les 14 % de protestants traditionnels sont loin des plus de 90 % que ce groupe revendiquait à la fin du XIXe siècle. Les non-chrétiens constituaient désormais un peu plus de 8 % (musulmans environ 3 %, hindous et sikhs environ 1,5 % chacun, juifs et bouddhistes environ 1 % chacun) de la population ; mais la croissance la plus significative a été enregistrée parmi ceux qui déclarent n’avoir aucune religion, constituant alors près de ¼ de la population.

D 20 juin 2017    APeter Beyer

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