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De la Confédération à la Deuxième Guerre mondiale

Après 1840, les colonies de l’Amérique du Nord britannique se sont vu accorder de plus en plus de structures politiques indépendantes, ce qui a conduit en 1867 à la Confédération de la plupart d’entre elles et à la naissance du Canada moderne tel que nous le connaissons aujourd’hui. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB), qui a créé ce que l’on a appelé plus tard le Dominion du Canada, contenait une clause importante concernant la religion : l’article 93 garantissait que les écoles des minorités religieuses (à savoir protestantes ou catholiques romaines) financées par l’État et déjà établies par la loi dans n’importe quelle province avaient, en fait, une garantie constitutionnelle de ce soutien public. L’effet de cet article est que dans certaines de ces provinces, notamment la plus grande, l’Ontario, encore aujourd’hui, l’État soutient un système scolaire catholique romain distinct du système national, mais ce soutien public est refusé à tout autre ensemble d’écoles dites "confessionnelles".

La dernière partie du 19e siècle a également été le témoin, premièrement, de l’union progressive des diverses églises presbytériennes (1875) et méthodistes (1884), de sorte que chacune d’entre elles n’avait, pour la plupart (les petites églises noires historiques, telles que l’église épiscopale méthodiste, étaient exclues), qu’une seule organisation confessionnelle nationale. Deuxièmement, cependant, l’époque a été marquée par la croissance constante de ces églises dominantes, de sorte qu’au moment du recensement de 1891, plus de 90 % de l’ensemble de la population canadienne professait appartenir à l’une d’entre elles : elle était anglicane, méthodiste, presbytérienne ou catholique romaine, les 10 % restants étant constitués de toutes les autres dénominations, églises et identités religieuses.

La période post-confédération a également été très importante pour les peuples autochtones du Canada. En 1876, le nouveau Dominion a adopté la Loi sur les Indiens qui, entre autres dispositions, interdisait la plupart des pratiques religieuses autochtones telles que la danse du soleil, le potlatch ou les huttes à sudation ; elle prévoyait l’expansion des pensionnats indiens, dont le but était de christianiser et de "civiliser" les enfants autochtones. L’objectif était d’éliminer les cultures autochtones, voire les peuples autochtones. Le système scolaire, en particulier, a été grandement élaboré par la suite ; et ces écoles étaient en grande partie gérées par des églises, en particulier les églises catholiques romaines, anglicanes et (plus tard) les églises unies.

Comme dans d’autres parties du monde occidental, la fin du XIXe siècle a vu naître un certain nombre de nouveaux développements chrétiens, en particulier la montée du mouvement de sanctification sous la forme d’organismes tels que les Nazaréens et l’Armée du salut, puis, vers 1906 et même un peu avant, les débuts du mouvement pentecôtiste au Canada. Les Assemblées de la Pentecôte du Canada, qui restent le plus grand organisme pentecôtiste du pays, ont été formées en 1918. Dans bien des cas, et pendant de nombreuses décennies, les Églises dominantes, tant protestantes que catholiques, ont regardé ces mouvements d’un mauvais œil, et cette attitude négative s’est étendue aux Témoins de Jéhovah qui, dans les années 1930 et 1940, se sont beaucoup battus pour obtenir la tolérance, surtout au Québec ; par coïncidence, ils ont joué un rôle déterminant dans le développement des pouvoirs de la Cour suprême du Canada en tant que plus haute instance judiciaire du pays.

De tels conflits ou tensions religieux ne sont pas propres à la situation des sectaires chrétiens. Tout au long de la période qui a suivi la Confédération, le Canada était très divisé entre protestants et catholiques, une division qui, malgré les nombreux catholiques anglophones du pays, était plus ou moins considérée par la majorité comme coïncidant avec la division anglais/français. Cette tension s’est manifestée de plusieurs façons, notamment à l’occasion de la rébellion du Nord-Ouest des Métis francophones, en 1885, contre la politique d’expansion du Canada dans ce qui avait été jusqu’en 1871 sous la juridiction officielle de la Compagnie de la Baie d’Hudson (dont le rôle se rapproche de la Compagnie des Indes orientales en Asie du Sud), et de l’exécution subséquente de leur chef, Louis Riel ; également lorsqu’en 1917, le gouvernement de l’Ontario a adopté le Règlement 17, qui visait à abolir les écoles de langue française, mais qui était tout autant une politique anticatholique.

Parmi les principaux courants protestants, le développement le plus significatif du début du XXe siècle a été la fondation en 1925 de l’Église unie du Canada, qui rassemble presque tous les méthodistes, les congrégationalistes et la majeure partie des presbytériens pour constituer ce qui reste aujourd’hui la plus grande dénomination protestante au Canada, et une église qui s’est toujours considérée comme l’Église la plus nationale.

La fin du XIXe siècle et le début de la Première Guerre mondiale ont été, en termes de pourcentage, la période d’immigration la plus importante de l’histoire du Canada. De 1891 à 1911, la population est passée de 4,8 à 7,2 millions d’habitants, soit un bond de 50 % en deux décennies. L’augmentation de la population étrangère apporte au pays une diversité religieuse et culturelle sans précédent. Un nombre important, bien que restreint, de non-chrétiens venus d’Asie et surtout de juifs et de chrétiens orientaux d’Europe de l’Est et du Sud-Est se joignirent au nombre toujours croissant de chrétiens traditionnels dans leur diversité interne. Cette diversité dans l’immigration ne s’est toutefois pas faite sans controverse, et une vision dominante qui considérait le pays comme exclusivement blanc et chrétien (pour ne pas dire britannique) a entraîné la restriction progressive de l’immigration "non blanche" après 1885, un processus qui a officiellement abouti à la loi sur l’immigration chinoise de 1923, communément appelée "loi d’exclusion", qui a effectivement interdit l’entrée à toute personne en provenance d’Asie, sans parler de tous les non-blancs d’autres parties du monde, y compris les États-Unis. Il est significatif que les Juifs n’aient pas été inclus dans cette impulsion négative de manière cohérente, et donc que la migration juive ait été importante au cours de cette période, et qu’elle ait été composée en grande partie d’Ashkénazes d’Europe de l’Est.

D 20 juin 2017    APeter Beyer

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