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2017

  • Mars 2017 : Un prêtre catholique quitte la Bulgarie après des manifestations contre l’Église abritant une famille de réfugiés syriens

La crise migratoire de l’année dernière a provoqué différentes réactions dans la société bulgare. Certaines villes et certains villages ont accueilli les réfugiés avec hospitalité, comme c’est le cas du village de Banya près de la ville de Nova Zagora, mais il existe aussi des endroits où la population n’a pas permis aux nouveaux arrivants de s’installer et d’envoyer leurs enfants dans les écoles locales (par exemple le village de Kalishte ou les villes d’Elin Pelin et de Béléné). Selon ces derniers, tous les migrants, même ceux qui ont légalisé leur statut, représentent une menace sérieuse pour les communautés où ils vont s’installer. Certaines maires refusent même d’enregistrer ces réfugiés. L’un des derniers exemples de ces actes de rejet a eu lieu dans la ville de Béléné, sur les rives du Danube, célèbre pour la communauté de catholiques romains qui y vit depuis des siècles.

Début mars 2017, l’Agence des réfugiés de l’État bulgare s’en est remis au père Paolo Cortese, responsable de la paroisse catholique de Béléné, qui s’était porté volontaire pour héberger des réfugiés, à l’appel du pape. Il était invité à accueillir dans sa maison une famille syrienne avec deux enfants, qui avait obtenu le statut humanitaire légal. Les nouveaux arrivants ont été accueillis par la paroisse locale. Néanmoins, un des conseillers municipaux a initié des manifestations contre l’hébergement des réfugiés, affirmant que le prêtre n’avait pas demandé l’autorisation de la municipalité (voir Sofia Globe, 10 mars 2017). Il était soutenu par un groupe d’environ 30 personnes partageant le même état d’esprit, qui affirmaient que les réfugiés mettraient en danger la société locale. Après cette campagne, les réfugiés ont quitté la ville. Au même moment, le père Paolo a été rappelé de Béléné en raison des menaces de mort qu’il avait reçues du camp anti-réfugiés. Avant de partir, il a rappelé lors d’une interview les événements de mars 1943, lorsque les dirigeants de l’Église orthodoxe bulgare alors en exercice se sont opposés au projet de déportation des juifs bulgares et ont sauvé leur vie. Il a déclaré :

« Je n’ai pas réussi à protéger une famille paisible. Aujourd’hui, les Syriens sont des réfugiés. Il y a soixante-dix ans, les réfugiés en Europe étaient des Juifs. Demain, ce pourrait être nous. » (Sofia Globe, 12 mars 2017)

À cette occasion, la fondation « Vérité et souvenir » a lancé une pétition en soutien au père Paolo Cortese. En outre, un groupe de partisans du père Paolo Cortese a organisé une manifestation pacifique devant le bureau du président de la Bulgarie, mais n’a reçu aucune réponse (Nova Television, 12 mars 2017). Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare a toutefois réagi en confirmant à nouveau sa déclaration sur la question des réfugiés de 2015 (rééditée en 2016).

D 20 mars 2017    ADaniela Kalkandjieva

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