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2020

L’antisémitisme en France

Janvier 2020 : l’antisémitisme en France
Au cours de l’année 2019, différentes agressions et insultes antisémites, des cimetières israélites profanés en Alsace, ont rappelé que l’antisémitisme est loin (...)

  • Janvier 2020 : l’antisémitisme en France

Au cours de l’année 2019, différentes agressions et insultes antisémites, des cimetières israélites profanés en Alsace, ont rappelé que l’antisémitisme est loin d’avoir disparu en France.
Il apparaît pourtant que, dans l’ensemble, les préjugés diminuent : une enquête de 2016 (Ipsos pour la CNCDH) révèle que, bien que les stéréotypes négatifs persistent, les juifs sont la minorité la mieux acceptée en France : 85 % des sondés estiment que les juifs sont "des Français comme les autres" ; en 1946, seulement un tiers des sondés exprimaient leur accord avec cette idée. 86 % des sondés estiment qu’il faut condamner les propos antisémites. Un autre sondage (Ifop pour l’Union des étudiants juifs de France et Sos racisme), qui exprime des résultats analogues, montre également que seulement 2 % des interviewés réagissaient négativement en apprenant qu’une personne de leur entourage était juive. La tolérance religieuse a globalement progressé.
Même si l’on peut se réjouir du progrès réalisé, il faut constater qu’une part de la population demeure dans l’intolérance. Il est problématique que 14 % de personnes trouvent normal d’exprimer des propos antisémites, ou même que quiconque puisse considérer un membre d’une minorité quelle qu’elle soit autrement que comme un-e Français-e "comme un-e autre".
Les attentats de 2015 avaient attiré l’attention sur les agressions commises envers les juifs, qui ne suscitent peut-être pas toujours autant d’indignation qu’ils ne le méritent. Ces actes antisémites, après avoir connu une hausse sensible depuis les années 2000, avaient marqué en 2017 une légère diminution, pour augmenter à nouveau en 2019. Chaque année, un certain nombre de personnes de confession juive préfèrent de ce fait émigrer en Israël, bien que les chiffres fournis soient à interpréter avec précaution.
Les motivations des agresseurs ne sont pas toujours faciles à cerner : il peut y avoir une combinaison à des degrés divers de conviction politique, haine religieuse, ou recherche de célébrité.
Il serait faux de croire, cependant, qu’une hausse généralisée d’actes et d’opinions racistes et xénophobes se fait en France dans l’indifférence générale une. En 2014, il a été créé une Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme (DILCRA) ; et les récentes déclaration du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner annonçant la création d’un office national de lutte contre la haine auprès du directeur général de la gendarmerie nationale témoignent de la volonté du gouvernement de s’engager contre les intolérances.
En février 2019, les profanations de synagogues avaient suscité de nombreuses réactions, notamment des marches contre l’antisémitisme, et les responsables des cultes avaient publié une Déclaration commune des religions et spiritualités contre l’antisémitisme. En Alsace, des bénévoles (souvent membres du réseau Veilleurs de mémoire créé par l’ancien pasteur Philippe Ichter aujourd’hui chargé des relations avec les cultes pour les départements alsaciens), se mobilisent pour tenter de lutter contre ces actes chargés de haine.

• Eric Keslassy, De l’antisémitisme en France. Institut Diderot, 2015.
• Jérôme Fourquet, Sylvain Manternach et Michel Wieviorka, L’an prochain à Jérusalem ? Les Juifs de France face à l’antisémitisme. Paris : Fondation Jean Jaurès, 2016.
• Emmanuel Debono, Le racisme dans le prétoire. Antisémitisme, racisme et xénophobie devant la loi. Paris : P.U.F., 2019.
• Georges Benayoun, documentaire Chronique d’un antisémitisme aujourd’hui, 2020.

D 30 janvier 2020    AAnne-Laure Zwilling

"L’affaire Mila"

Février 2020, "l’affaire Mila" Au début de l’année 2020, un incident a embrasé les réseaux sociaux, suscitant un court mais intense débat national. A l’origine de cela, les propos d’une adolescente, (...)

Février 2020, "l’affaire Mila"
Au début de l’année 2020, un incident a embrasé les réseaux sociaux, suscitant un court mais intense débat national.
A l’origine de cela, les propos d’une adolescente, Mila, contre l’islam et les musulmans. La jeune fille, qui s’affiche comme lesbienne rejette les avances d’un autre adolescent dans un échange sur son compte Instagram. Il l’insulte alors de façon raciste et homophobe. Les menaces ayant pris un tour religieux, Mila publie un message affirmant son rejet de toutes les religions. Cela suscite une vague de messages d’internautes furieux de cette « insulte à la religion ». Mila met alors en ligne une vidéo dans laquelle, en termes très crus, elle affirme son rejet et son mépris de l’islam.
A la suite de cela, l’adolescente a reçu une pluie d’insultes et de menaces, dont des menaces de mort, envoyées par des milliers d’utilisateurs d’Instagram, Twitter, et Snapchat. Ses informations personnelles, nom, adresse et numéro de téléphone, ont été rendues publiques. Les responsables de son établissement scolaire ont indiqué qu’il valait mieux, dans ces conditions et pour sa sécurité, que Mila ne se présente pas à son lycée les jours suivants. Mila changera ensuite d’établissement scolaire.

Le délégué général du Conseil français du culte musulman (CFCM) Abdallah Zekri a tenu sur Sud Radio des propos qui ont suscité une forte réprobation, notamment en disant "Qui sème le vent récolte la tempête". Peu après, le président du CFCM Mohammed Moussaoui apaise les tensions en tweetant que « rien ne saurait justifier les menaces de mort à l’égard d’une personne, quelle que soit la gravité des propos tenus. C’est la justice qui doit prononcer les sanctions prévues par la loi s’il y a provocation et incitation à la haine. » Il ajoutera dans un communiqué : « Nous devons accepter que l’islam soit critiqué y compris dans ses principes et fondements. […] La liberté d’expression est fondamentale. Elle est source d’enrichissement et de progrès par la diffusion d’idées et d’opinions qu’elle permet. Elle est le fondement de notre démocratie et le rempart contre toutes les formes d’aliénation. »
Plusieurs personnalités politiques s’expriment à leur tour sur ce sujet. La ministre de la Justice Nicole Belloubet veut soutenir Mila, en affirmant que les menaces de mort sont inacceptables en démocratie, mais a la maladresse de dire que "l’insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience". Ceci est contraire à la loi française, comme le fera remarquer l’avocat Richard Malka : "le fondement de la liberté de conscience n’est pas d’interdire la critique ou même l’injure mais de protéger la liberté d’expression".
Le président de la République Emmanuel Macron réaffirmera à son tour le droit au blasphème et à critiquer les religions (voir par exemple Le Monde).

L’affaire a été abondamment médiatisée. De très nombreux internautes se sont également exprimés sur la question, certains condamnant les propos tenus par Mila avec le mot-clé #JeNeSuisPasMila, d’autres lui déclarant leur soutien avec #JeSuisMila.
En cela, ils sont l’illustration des résultats d’une enquête de l’institut IFOP, Les Français, l’affaire Mila et le droit au blasphème, qui révèle un pays partagé en deux sur cette possibilité de critiquer les religions : (50% des interviewés se disent favorables au droit de critiquer sans limites la religion, l’autre moitié y est opposée - voir FranceTv info).
Deux variables ont une importance particulière : l’âge et la religion. Ainsi, 59% des 18-24 ans et 51% des 25-34 ans estiment que l’insulte à la religion est une atteinte à la liberté de conscience, alors que cette opinion est minoritaire chez les plus de 35 ans. En ce qui concerne la religion, les musulmans sont 68% à assimiler l’injure envers une religion à une atteinte à la liberté de conscience, dont 46% sont "tout à fait d’accord".
C’est chez les 18-24 ans que l’opposition à la critique des croyances et des dogmes est la plus forte : seuls 41% défendent le "blasphème" (contre 31% dans les autres catégories d’âge). On peut y voir l’influence de la manière américaine de voir les choses ; l’importance des jeunes dans l’appartenance religieuse musulmane joue probablement également un rôle.
Selon l’enquête de l’IFOP, 30% de Français seraient d’accord avec l’affirmation d’Abdallah Zekri ("Qui sème le vent récolte la tempête"), 44% avec la ministre de la Justice ("l’insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience").

A la suite de cette affaire, deux enquêtes ont été ouvertes : l’une contre Mila, pour appel à la haine, sera classée sans suite. Selon le procureur de la République, les propos diffusés exprimaient une opinion personnelle à l’égard d’une religion, mais sans volonté d’exhorter à la haine ou à la violence. L’autre plainte, pour appel au meurtre, est en cours.

La question de fond que soulève l’affaire Mila, comme l’avaient fait les caricatures de Mahomet et l’attaque terroriste du journal Charlie Hebdo (ou encore d’autres affaires plus anciennes et peut-être moins médiatiques, une publicité de Volkswagen pour la Golf en 1998 de l’agence DDB Paris, ou la publicité de Benetton montrant deux religieux s’embrassant sur la bouche), est celle de ce que l’on appelle de façon impropre le droit au blasphème, puisqu’en réalité, seuls les croyants peuvent évoquer un blasphème, et que cette notion n’existe plus en droit français. Il s’agit du droit de critiquer les religions, leurs symboles ou leurs convictions, même de manière extrême et choquante. Il semblerait qu’en France, l’unanimité soit loin d’être faite sur cette question.

A consulter sur ce sujet
- des articles de journaux :
Francetv info,
Marianne, 20 minutes, Le Monde.

- L’enquête de IFOP pour Charlie Hebdo, février 2020, Les Français, l’affaire Mila et le droit au blasphème

Un livre :
#JeSuisMila #JeSuisCharlie #NousSommesLaRépublique, 50 personnalités s’expriment sur la laïcité et la liberté d’expression, Seramis, 2020

D 31 mars 2020    AAnne-Laure Zwilling

Face à l’épidémie de coronavirus

Mars 2020 : face à l’épidémie de coronavirus qui touche actuellement la plupart des pays européens, de nombreux groupes religieux ont fourni des indications sur le respect des consignes de confinement (...)

Mars 2020 : face à l’épidémie de coronavirus qui touche actuellement la plupart des pays européens, de nombreux groupes religieux ont fourni des indications sur le respect des consignes de confinement pendant cette crise sanitaire.

Catholicisme : la Conférence des évêques de France a décrété qu’aucune messe ne devait être célébrée avec une assemblée. Les obsèques peuvent être célébrées avec une assemblée inférieure à 20 personnes, qui devront se répartir dans l’ensemble de l’église ; enfin, les confessions doivent se faire dans des lieux qui permettent un mètre de distance et de ne pas se tenir face à face.
Islam : le Conseil français du culte musulman a appelé toutes les mosquées à "suspendre l’organisation des prières du vendredi" à partir de la semaine prochaine et "jusqu’à nouvel ordre". Chems-eddine Hafiz, recteur, a annoncé la fermeture de la Grande mosquée de Paris. Le CFCM invite les fidèles à faire leurs ablutions chez eux, avant d’aller à la mosquée. Les toilettes rituelles des défunts sont suspendues également.
Protestantisme : la plupart des Eglises protestantes ont annoncé la fermeture des lieux de culte : l’Eglise protestante unie de France demande de limiter au maximum les activités, l’Union des églises protestantes d’Alsace-Lorraine annule tous les cultes , les églises baptistes et adventistes ont demandé à fermer.
Judaïsme : le Consistoire central israélite a annoncé la fermeture des synagogues.
Orthodoxie : les offices religieux orthodoxes sont également suspendus (voir le communiqué de la métropole de France invitant à la fermeture des églises).

Selon un sondage YouGov publié par huffingtonpost.fr, 93% des personnes interrogées approuvent la mesure de confinement, jugée nécessaire à la lutte contre la pandémie.

Cette année, les fêtes religieuses des monothéismes auront toutes lieu en avril (Pessah du 8 au 16 ; Pâques autour du 12 avril pour les catholiques et protestants et pour les orthodoxes le 19 ; le ramadan autour du 24 avril). Le 23 mars, le président de la République a réuni par audioconférence les responsables des principaux cultes (musulman, catholique, protestant, bouddhiste, orthodoxe) ainsi que des associations laïques et de francs-maçons, et a annoncé que ces fêtes religieuses à venir devront se faire "sans rassemblement".
Le président a également déclaré qu’il n’était pas question que la crémation se généralise pour les personnes décédées du Covid-19. Il faudra cependant prendre en compte la question des espaces funéraires, sachant que plusieurs carrés musulmans arrivent à saturation.

D 1er avril 2020    AAnne-Laure Zwilling

Les cultes et l’épidémie de Covid 19

Mai 2020 : un article de Jacqueline Lalouette fait le point sur les cultes en France au temps du Covid 19 (Fondation Jean Jaurès).
Le 18 mai 2020, le juge des référés du Conseil d’État ordonne au (...)

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