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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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2005

  • Automne 2005 : Accès des séminaires de l’Eglise de Grèce au statut universitaire

Suite aux affaires de corruption, dont plusieurs restent encore en cours d’investigation, impliquant l’archevêque et d’autres membres du clergé de l’Eglise de Grèce, on note dans l’actualité une nouvelle controverse.
Elle concerne les écoles ecclésiastiques grecques et la proposition du Ministère de l’Education, suite aux pressions de l’archevêque Christodoulos, de transformer quatre séminaires de l’Eglise (qui forment les prêtres) en des Académies ayant un statut universitaire.
Cette proposition a provoqué plusieurs réactions, contestant en particulier le fait que l’évêque local devra approuver un candidat qui souhaite se présenter aux examens d’entrée. Au sein des facultés universitaires de théologie et dans plusieurs milieux grecs on parle d’ « universités théocratiques », mais d’autres défendent cette proposition au nom de l’amélioration de la formation des prêtres en Grèce.

  • Mars 2005 : Crise des relations Eglise-Etat

Depuis janvier 2005, l’Eglise orthodoxe grecque se trouve dans une crise profonde, plusieurs membres du haut clergé (y compris, l’archevêque d’Athènes, Christodoulos, impliqué personnellement) étant impliqués dans une série d’affaires de corruption de magistrats, de scandales financiers ou de nature sexuelle (pornographie, etc.). Certains affaires dépassent même le cadre de la Grèce, impliquant même le Patriarche de Jérusalem Irinaios.
L’archevêque Christodoulos s’est engagé publiquement à diriger une campagne de "catharsis" (purification) et a même adressé une lettre au ministre de l’économie et des finances lui demandant de contrôler l’ensemble des finances ecclésiastiques dans le pays. Puisque le clergé est entièrement financé par l’Etat (ministère de l’Education nationale et des affaires religieuses) les affaires financières de l’Eglise sont théoriquement soumises au contrôle étatique.
Le gouvernement conservateur, et surtout le premier-ministre, Costas Caramanlis, a jusqu’a présent souligné son soutien à la campagne de purification de l’Eglise ; mais cette série de scandales a fait émerger de plus en plus de voix en faveur de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en Grèce. Selon plusieurs milieux intellectuels et libéraux il y a là une grande opportunité historique de procéder à une séparation administrative entre Eglise-Etat, affirmée comme avantageuse pour les deux partis concernés. Pour la première fois, le principal parti de l’opposition (le socialiste Giorgos Papandréou), s’est presque engagé à procéder à la séparation de l’Eglise et de l’Etat au cas ou il arriverait au pouvoir lors des prochaines élections. Lors de la prestation de serment du nouveau président de la République en mars 2005, les partis de gauche grecs (Synaspismos) avaient refusé de participer à la cérémonie pour protester contre la présence traditionnelle de l’Archevêque.
L’opinion publique, si l’on en juge par quelques sondages d’opinion de février et mars 2005, commence à montrer les premiers signes de mécontentement envers l’Archevêque Christodoulos. Auparavant, notamment à la suite du conflit sur la suppression de la mention religieuse des cartes d’identité grecques en 2000, il bénéficiait d’un taux d’approbation publique relativement élevé. On parle même dans les milieux ecclésiastiques d’une éventuelle démission de l’Archevêque, bien que celui-ci ait catégoriquement affirmé son engagement à la purification de l’institution ecclésiastique sous sa direction, mais n’ait jamais évoqué sa démission.
Face à ces critiques, l’Eglise s’est engagée à une "purification", mais a également formulé l’accusation que certains milieux, y compris les médias et les milieux intellectuels de gauche, veulent attaquer la personne de l’archevêque et faire marginaliser l’Eglise, et ainsi la retirer de la vie sociale et nationale du pays. Cette réaction de la part de l’Eglise est très similaire à celle de 2000, lors du conflit sur la suppression de la mention religieuse sur les cartes d’identité grecques, où le gouvernement socialiste a été fortement accusé de vouloir éroder le role de l’Eglise dans la société grecque au profit d’une sécularisation à l’occidentale.
Les investigations autour des affaires impliquant l’archevêque et d’autres membres du clergé sont actuellement en cours. Au-delà des affaires elles-mêmes, une question à retenir est de savoir si cette dernière crise au sein de l’Eglise de Grèce peut rendre le paysage religieux, social et politique grec réceptif, dans l’opinion publique et les milieux politiques, à l’action de tel ou tel gouvernement qui oserait sur le long terme concrétiser et mettre éventuellement en place un schéma pour une séparation administrative entre l’Eglise et l’Etat, qui devrait être commode et adaptée aux réalités historiques, sociales et politiques grecques.

  • La séparation de l’Eglise et de l’Etat et les biens de l’Eglise

La séparation administrative de l’Eglise et de l’Etat et l’expropriation des biens de l’Eglise proposées par le gouvernement socialiste en 1981 représentaient un énorme risque politique et le gouvernement a dû trouver un compromis. En 1987, il y a eu une proposition de la part du gouvernement socialiste pour l’expropriation d’une grande partie des biens ecclésiastiques justifiée par l’argument que la remunération du clergé représentait une trop grande part du budget national, ce qui nécessitait l’appropriation des biens ecclésiastiques. Suite à la protestation de l’Eglise, la proposition de 1987 fut modifiée un an plus tard. En fin de compte, l’Etat a pu obtenir une partie des terres ecclésiastiques mais l’Eglise a porté plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.
La séparation de l’Eglise et de l’Etat reste toujours inachevée aujourd’hui et la question de l’expropriation des biens de l’Eglise a été partiellement réalisée, avec un coût politique considérable. Il est actuellement prévu que l’Eglise doit utiliser ses propres biens pour mener à bien ses actions sociales.

24 novembre 2005