eurel

Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

Tweeter Rss

Accueil > Chypre > Débats actuels > Archives des débats > 2008

2008

  • Septembre 2008 : Les programmes scolaires d’histoire

L’année scolaire 2008-2009 a débuté avec un violent débat entre le gouvernement, les partis politiques et l’Église orthodoxe de Chypre. Celui-ci a été suscité par une circulaire du ministre de la Culture et de l’Education, Andreas Dimitriou, proposant de nouvelles directives scolaires dans le cadre d’une réforme globale de l’enseignement. Cette circulaire prévoit un programme d’éducation interculturelle dans les cours d’histoire, en lien avec les tentatives du gouvernement pour engager la réconciliation avec la communauté turque chypriote.

Le nouveau programme scolaire devrait être centré sur les traditions culturelles communes aux deux communautés afin de développer un enseignement qui favorise un esprit de coexistence pacifique entre Chypriotes grecs et turcs. Le ministre a suggéré également des projets intercommunautaires entre écoles situées des deux côtés de la frontière. Le noyau central de la réforme réside dans la révision des livres d’histoire actuellement en usage. En dépit de l’introduction de nouvelles pratiques d’enseignement de l’histoire à travers l’Europe, les programmes d’études dans les écoles chypriotes sont en effet restés inchangés depuis des décennies. La présentation de l’histoire du conflit chypriote y est souvent biaisée et met l’accent sur certains événements pour en dissimuler ou en justifier d’autres.

En règle générale, les Chypriotes grecs considèrent l’invasion de l’île par les Turcs en 1974 comme le problème central de la crise, alors que les Turcs mettent l’accent sur l’attaque subie en 1960 et présentent l’invasion de 1974 comme une opération de paix. Alors que les Chypriotes turcs ont récemment modifié leurs manuels scolaires pour y faire une plus grande place aux éléments de coexistence pacifique entre les communautés, les programmes grecs continuent d’enseigner l’histoire comme un moyen de renforcer la fierté ethnocentriste.

Les nouvelles directives de la réforme de l’enseignement ont provoqué un tollé dans les milieux conservateurs chypriotes grecs. L’archevêque Chrysostomos II, ainsi que le parti DISY (Dimokratikos Synagermos) ont accusé le ministre de vouloir intervenir dans l’histoire. Le sujet majeur des dissensions concerne les responsabilités des groupes extrémistes dans les violences intercommunautaires du début des années 1960 et la crise militaire qui a suivi. La responsabilité de groupes comme TMT mais aussi EOKA B n’a pas été suffisamment établie et les reproches concernant la situation critique de Chypre sont adressés uniquement à des forces extérieures, l’impérialisme américain ou la Turquie par exemple.

Face à la proposition de corriger les programmes d’histoire, l’archevêque, l’évêque de Paphos et les membres du précédent gouvernement ont accusé l’administration de vouloir détruire l’hellénisme et corrompre la jeunesse. Dans une réponse plutôt dramatique, l’archevêque a promis que son opposition à la réforme demeurerait inébranlable, au point qu’il encouragerait les élèves à se débarrasser de leurs livres d’histoire si celle-ci devait y être « déformée ». Au sujet des projets intercommunautaires entre écoles, il a par ailleurs menacé de fermer les checkpoints.

14 octobre 2008