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Nouvelles données ISSP sur la religion des Français

Depuis plus de 30 ans, l’International Social Survey Programme (ISSP) réalise chaque année une enquête quantitative dans une quarantaine de pays. En 2018, le questionnaire portait sur la religion. C’était déjà le cas en 1998 et 2008, ce qui permet de mesurer des évolutions sur 20 ans. En France, l’enquête est administrée par le laboratoire Pacte (Sciences po Grenoble, CNRS, UGA). Les résultats pour la France ont été publiés avec des commentaires analytiques. Voici quelques tendances globales qui ressortent des résultats.

L’image des religions ne s’est pas dégradée, mais elle n’est pas bonne. Pour beaucoup, les religions sèment davantage le conflit que la paix, elles font obstacle à l’égalité entre hommes et femmes, et les convictions religieuses conduiraient à l’intolérance. L’image des chrétiens est cependant bien meilleure que celle des musulmans. A noter aussi la très bonne image – en nette progression – des athées et des non croyants.

L’enquête met bien en lumière la complexité de l’univers des croyances religieuses. Si 14% croient sans aucun doute à l’existence de Dieu et 27% sont convaincus de son inexistence, tous les autres se positionnent sur un dégradé allant de la probable croyance à la probable incroyance. Ainsi, 14% choisissent l’affirmation « même si j’ai des doutes, j’ai l’impression que je crois en Dieu » et 8% « je m’aperçois que je crois en Dieu à certains moments mais pas à d’autres ». Sur 20 ans, l’incroyance totale et les doutes augmentent alors que régresse la croyance assurée.

Il semble bien que les croyances dubitatives en Dieu soient assez souvent compatibles avec des croyances populaires dites hétérodoxes (porte-bonheur, prévision du futur, guérisseurs, signes du zodiaque). Ces croyances populaires sont aussi fréquentes chez ceux qui sont tentés par les spiritualités alternatives et par la nébuleuse mystique-ésotérique.

De manière très étonnante, la croyance en une vie après la mort est sensiblement plus développée chez les jeunes que chez les personnes âgées. Ceux-ci expriment probablement ainsi davantage un espoir de futur - de nature psycho-religieuse - qu’une réelle croyance à un univers extra-mondain ou au grand récit chrétien sur le salut.

Si 55% disaient appartenir à une religion en 1998, ils ne sont plus que 46% à le reconnaître aujourd’hui. Les pratiques religieuses sont aussi en régression. 8% participent chaque mois à un office religieux contre 11% en 1998. Si 52% disaient prier presque chaque semaine en 1998, ce n’est plus le cas que de 30% de la population aujourd’hui, avec évidemment de forts écarts selon les générations.

Les résultats montrent que la socialisation religieuse dans l’enfance influe fortement sur la religiosité des adultes d’aujourd’hui, D’une génération à l’autre, on observe des pertes de religiosité mais très peu de mouvements inverses : si on n’a jamais eu d’éducation religieuse, la conversion est très rare.

Le sentiment d’être irréligieux domine de plus en plus dans la population. Mais beaucoup admettent que la religion peut avoir une utilité pour se faire des amis et surtout pour trouver un réconfort dans les épreuves.

Bien sûr, beaucoup d’autres conclusions peuvent être tirées de ces données.

Pour plus d’information : accès au fichier de données auprès de l’ADISP.

D 3 août 2020    APierre Bréchon

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