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Un nouveau statut d’organisation et de fonctionnement pour l’Église orthodoxe roumaine

Le 10 février 2020, le nouveau Statut d’organisation et de fonctionnement de l’Église orthodoxe roumaine (Église majoritaire d’appartenance des Roumains) a été publié dans le Moniteur officiel de Roumanie (première partie, n° 97/10.02.2020, p. 12-47). Il a auparavant été approuvé par le Secrétariat d’État aux cultes, structure du gouvernement de la Roumanie. Il s’agit de la plus récente modification de ce statut, qui n’avait pas été officiellement modifié depuis 12 ans. Les changements les plus importants incluent le resserrement des critères de présélection et d’éligibilité des candidats à la dignité de patriarche de Roumanie ; le renforcement de la discipline cléricale - en créant des organes centraux spécialisés pour le jugement et la sanction disciplinaires des évêques ; le renforcement du contrôle centralisé sur la presse ecclésiale et les ONG religieuses.

Le premier statut de l’Église orthodoxe roumaine (ÉOR) date de 1925, année où l’Église roumaine est devenue Patriarcat dans les frontières de la Grande Roumanie (1918). Ce statut a été modifié en 1949 sous les auspices du régime communiste et est resté en vigueur 59 ans, jusqu’en 2008, date à laquelle un troisième statut de l’ÉOR a été formulé conformément à la Loi des cultes de 2006, rédigée à son tour dans l’esprit des normes de l’Union européenne que la Roumanie rejoindra en 2007. Par conséquent, la dernière version du statut, celle de 2020, résulte de la quatrième modification de la constitution de l’ÉOR en 123 ans (en 1885, l’ÉOR a obtenu le statut d’Église autocéphale) et constitue une réponse de l’Église à son expérience de ces douze dernières années au contact d’une société plurielle, mobile et de plus en plus sécularisée.

Parmi les changements les plus importants apportés par le nouveau statut figure le resserrement des critères d’éligibilité et de présélection des candidats au poste de patriarche (le patriarche actuel, Sa Béatitude Daniel, a été élu par le Saint-Synode de l’ÉOR en septembre 2007). Ainsi, le nouveau statut prévoit que seuls les métropolites, archevêques et évêques ayant une expérience d’au moins 7 ans à la tête d’un évêché peuvent candidater à la dignité de patriarche. L’ancien statut ne prévoyait pas ce critère d’ancienneté. Il en résulte que les évêques vicaires, ou l’expérience d’un hiérarque comme évêque vicaire, ne sont pas pris en compte pour la candidature à la dignité de patriarche. De plus, le nombre de candidats établis par le Saint-Synode par voie de consultation a été réduit de 3 (ou exceptionnellement 5) à 2 (ou au plus 3).

Une modification substantielle du nouveau statut est la création de nouveaux organes judiciaires centraux pour le clergé. Ainsi, des tribunaux chargés de juger et de sanctionner les hiérarques - métropolites, archevêques et évêques – sont mis en place. Jusqu’à présent, le Saint-Synode (composé de tous les hiérarques de l’ÉOR) était la seule cour canonique susceptible de juger ses membres pour tout écart par rapport à l’enseignement et à la discipline de l’Église. Le nouveau statut prévoit la création d’un Consistoire épiscopal premier et d’un Consistoire épiscopal dernier en tant que tribunaux de fond et d’appel pour les affaires disciplinaires concernant les métropolites, les archevêques, les évêques et les évêques vicaires. Le Saint-Synode est désigné comme l’autorité judiciaire ecclésiastique en dernière instance. Une autre nouveauté est que le Saint-Synode est l’autorité disciplinaire canonique d’enquête et de jugement en première et dernière instance pour le patriarche (Art. 13.3), disposition qui ne figurait pas dans l’ancien statut. D’autres nouveaux organes judiciaires centraux ont également été créés : le Consistoire supérieur ecclésiastique, en tant que tribunal d’appel pour les membres du « clergé de myrrhe » (appellation des prêtres et diacres qui ne sont pas moines), qui ont été sanctionnés en première instance par la réduction à l’état laïc, et le Consistoire ecclésiastique supérieur monastique, en tant que tribunal d’appel pour les moines qui ont été sanctionnés en premier instance par la réduction à l’état laïc.

Un certain nombre de changements visent à renforcer le contrôle centralisé du Saint-Synode de l’ÉOR sur la presse ecclésiale et les ONG religieuses. Cela est motivé par le besoin d’une meilleure gestion financière, d’une meilleure coordination de la mission de l’Église et du renforcement de l’unité de la vie de l’Église : la création ou la suppression de nouvelles institutions de médias écrits (magazines, journaux et périodiques) et audiovisuels (radio, télévision et autres) ne pourra plus se faire qu’avec l’approbation du Saint-Synode. En conséquence, les évêques locaux ne pourront plus créer d’institutions locales de media religieux de leur propre initiative, comme c’était le cas jusqu’à présent, car ils risqueraient de concurrencer les médias religieux centraux existants, ceux du Patriarcat.

De même, les associations et fondations nationales ou locales "qui ont comme unique fondateur ou comme membres associés des entités cultuelles" appartenant à l’ÉOR ont l’obligation de présenter deux fois par an (printemps et automne) à l’administration patriarcale un rapport d’activité et, une fois par an, un rapport concernant leur situation financière. En outre, le Patriarcat roumain, à travers l’Organe de contrôle financier et d’audit, peut vérifier sans préavis la situation financière et patrimoniale de ces associations ou fondations.

Autre nouveauté, le nouveau statut réglemente le déplacement des reliques sacrées, spécifiant que seul le patriarche peut approuver l’apport de reliques de saints provenant de l’étranger, pour un pèlerinage ou comme cadeau, dans l’ÉOR.

Les moines qui souhaitent s’installer dans des monastères appartenant à une autre Église orthodoxe doivent obtenir préalablement l’approbation écrite du l’évêque orthodoxe roumain dont ils dépendent canoniquement, ainsi que l’accord du patriarche roumain, à la demande de l’évêque appartenant à une autre Église orthodoxe sœur.

Le clergé et les moines ne sont autorisés ni à créer des organisations syndicales ni à en faire partie.

Enfin, la dernière nouveauté introduite est la possibilité, tant pour les prêtres et diacres que pour les évêques, de se retirer volontairement du ministère clérical. Jusqu’à présent, quitter le clergé n’était possible que par la réduction à l’état laïc ou le décès.

Malgré le renforcement de l’autorité des organes directeurs centraux de l’Église apportés par les nouveaux changements, on ne s’attend pas à de grandes réactions de la société roumaine vis-à-vis de cette dernière forme du statut de l’ÉOR. Les changements récents, qui ont principalement visé deux axes, l’unité d’action de l’Église et la discipline du clergé, ne sont que des mesures ponctuelles visant à répondre aux problèmes auxquels l’Église a été confrontée au cours de la dernière décennie. Ce type de décision, comme la création d’un tribunal pour les évêques, était donc plutôt attendu par la société civile et même par les fidèles. De plus, certains de ces changements ont été annoncés par l’Église même lorsqu’ils ont été opérés au niveau du statut, c’est-à-dire lorsque l’Église a géré en interne un événement ou un problème particulier. Certains de ces changements sont même déjà connus du clergé de l’ÉOR depuis plusieurs années, mais ils n’ont été officiellement annoncés que maintenant (voir les modifications opérées par le Saint-Synode en 2011). Par ailleurs, selon la Loi des cultes 489/2006, "la modification et l’achèvement des statuts d’organisation et de fonctionnement ou des codes canoniques des cultes sont communiqués, pour être reconnus, au Secrétariat d’État aux cultes" (art. 22.1). En l’occurrence, c’est seulement en 2020 que l’Église a jugé approprié de demander la reconnaissance de l’État pour les modifications à son statut, même si celles-ci avaient été apportées les années précédentes.

D 20 février 2020    AGabriel Birsan

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