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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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2016

  • Juillet 2016 : la tentative de coup d’Etat et la question religieuse

Durant la soirée du 15 juillet 2016, la Turquie a connu une tentative de coup d’Etat militaire, avortée. Dans l’histoire contemporaine de la Turquie, l’armée a pris le pouvoir quatre fois, directement en 1960 et 1980, et indirectement, en imposant une administration aux ordres, en 1971 et 1997. Ainsi, la tentative de juillet 2016 s’inscrit dans la « tradition » politique du pays où l’armée fut toujours la plus importante des forces politiques. Comme lors des précédents coups d’Etat militaires, là aussi le « religieux » était au cœur des débats, et l’est toujours.
Durant la nuit même de la tentative du putsch, le gouvernement du Parti de la Justice et de Développement (AKP) et surtout son leader incontesté, le Président de la République Recep Tayyip Erdogan, ont pointé du doigt leur ancien allié, le mouvement Hizmet, et son fondateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats Unis depuis 1999.
Le mouvement Hizmet a été créé par cet ancien imam turc à la fin des années 1970 à Izmir, sur les bases de l’enseignement de Said-i Nursi. Le mouvement Hizmet (ce qui signifie service) a investi depuis les années 1990 deux secteurs-clé de la société, les médias et l’éducation, en Turquie mais également à travers le monde. Il est souvent comparé aux jésuites (ou à l’Opus Dei par ses détracteurs). Les sympathisants du mouvement, issus de milieux modestes, éduqués dans les écoles de Hizmet grâce à des bourses d’étude et au soutien de l’empire financier qu’est le mouvement, ont pu pénétrer l’appareil étatique dès les années 1990. Ils ont reçu l’aide et le soutien des divers gouvernements, mais leur ascension fulgurante coïncide avec l’arrivée au pouvoir des islamistes de l’AKP (Parti de la justice et du développement) en 2002. Au début des années 2000, l’AKP manquait cruellement de personnel éduqué pour conquérir l’appareil étatique, alors principalement laïciste et sous contrôle de l’armée. Pendant une décennie, le gouvernement AKP d’une part et le mouvement Hizmet de l’autre ont ainsi collaboré pour reformater le personnel fonctionnaire dans tous les ministères, y compris l’armée à travers les procès-fleuves Ergenekon dans les années 2007-2011. La coalition a volé en éclat, une fois que l’AKP a pu maitriser tous les pans du pouvoir. En 2013, les scandales de corruption, révélés à travers les écoutes téléphoniques opérées par les policiers, accusés d’être proches de Hizmet, ont approfondi le divorce et depuis, une purge à l’envers a commencé. Justice, éducation, universités, médias, banques… tous les secteurs publics ou privés ont fait objet d’une chasse aux sorcières.
Celle-ci a pris des proportions phénoménales depuis la tentative de coup d’Etat. Mise sur le dos des officiers gulenistes (partisans de Fethullah Gülen), qui, dit la presse sous contrôle strict du gouvernement, avaient fomenté ce coup de peur d’être prochainement évincés de l’armée. D’autre y voient une manipulation du pouvoir, d’autres encore y décèlent une coalition contre nature entre gulenistes et laïcistes pour évincer Erdogan du pouvoir.
Quoi qu’il en soit, cette tentative de coup a créé une atmosphère mystique ultrareligieuse (pendant 48 heures, les mosquées ont appelé à tue-tête à la prière) et ultranationaliste (des rassemblements géants ont été organisés, avec la participation du parti kémaliste-nationaliste et du parti d’extrême droite, qui craignaient d’être sinon associés aux putschistes).
Depuis, la purge de l’Etat et du secteur privé continue à grande vitesse. Près de 200 000 fonctionnaires ont été déchus de leur statut. Des centaines d’écoles et universités ont été fermées, des dizaines de journaux et chaines télévisées interdites. Il s’agit d’un putsch, instrumentalisée par le pouvoir pour compléter la mutation d’un régime vers un système ultra-présidentiel où l’ensemble des pouvoirs sont regroupés entre les mains du Président, Recep Tayyip Erdogan. Depuis le 15 juillet, la moindre critique ou opposition est immédiatement accusée de putschisme et/ou de gulenisme. Les seuls à ne pas être inclus dans ce « Front National » à la turque est le parti proche des Kurdes et des démocrates, réduit à peau de chagrin, et coincé entre le marteau (une junte militaire doublée d’une confrérie ésotérique) et l’enclume (un régime autoritaire islamiste et nationaliste).

Samim Akgönül
  • 25 avril 2016 : Le président du Parlement turc voudrait une constitution religieuse

Le 25 avril 2016, Ismail Kahraman, le président du Parlement turc, a plaidé pour l’abandon du principe de laïcité dans le cadre de la réforme constitutionnelle souhaitée par le président Recep Tayyip Erdoğan. Kahraman estime que la prochaine constitution de la Turquie doit être religieuse puisque c’est un pays musulman.
Cette affirmation controversée a suscité de nombreuses réactions. Des manifestations contre le risque d’une constitution religieuse ont éclaté dans les grandes villes du pays (Istanbul, Ankara, Izmir), et ont été réprimées violemment par la police. Les partis de l’opposition (CHP, HDP) ont appelé à la démission du président du Parlement.
Toutefois, le projet de nouvelle constitution conserve l’idée de la laïcité, l’AKP n’a même pas évoqué l’éventualité de l’en retirer, a affirmé le 26 avril le chef de la commission constitutionnelle et député de l’AKP Mustafa Sentop.
Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu a assuré le 27 avril que la nouvelle constitution turque maintiendrait le caractère laïque de l’Etat.

Sources : Habertürk, Cumhuriyet, Hürriyet, France 24.

Nihal Durmaz
  • Janvier 2016 : L’emploi du temps des fonctionnaires turcs aménagé pour la prière du vendredi

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu a annoncé mardi 5 janvier, lors d’une réunion du groupe parlementaire de son Parti de la justice et du développement (AKP), sa volonté de publier un décret qui aménagerait pour les fonctionnaires qui le souhaitent les horaires des pauses déjeuner, afin de pratiquer la prière du vendredi sans empiéter sur le temps de travail.

Source : Le petit journal-Istanbul.

Nihal Durmaz
21 février 2013