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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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Grèce

  • Janvier 2015 :

le processus d’exemption de l’enseignement religieux pour les élèves a fait la une une fois de plus. Particulièrement, l’encyclique 12773/Δ2-23/01/2015 (en Grec), publiée en janvier 2015 par le précédent Gouvernement de centre-droite, prévoit que les élèves chrétiens non orthodoxes de l’enseignement primaire et secondaire soient dispensés de cours de religion sous réserve que les parents signent le formulaire de consentement correspondant. L’encyclique stipule également que les directeurs d’écoles auront la responsabilité de vérifier la validité des preuves fournies pour justifier la demande d’exemption. Différentes voix se sont élevées contre la mise en œuvre de l’encyclique au motif qu’elle rend la procédure d’exemption plus difficile en définissant des critères plus stricts et des obstacles techniques. Il a même été suggéré que son application pratique pourrait conduire à la violation des valeurs de la liberté religieuse car il est plus ou moins demandé aux parents de prouver au directeur de l’école qu’ils ne sont pas chrétiens orthodoxes afin d’obtenir l’exemption pour leur enfant, ce qui a un double effet. Premièrement, une tierce personne, le directeur de l’école, acquiert le pouvoir d’intervenir sur une question totalement personnelle. Deuxièmement, le droit des parents de ne pas révéler leur appartenance ou non-appartenance à une religion est violé.
Dans ce contexte, la nouvelle ministre adjointe de l’Education et des Cultes, Mme Sia Anagnostopoulou, a déclaré que la procédure actuelle devrait être abolie en vertu de la liberté de religion. En conséquence, l’unique critère pour l’exemption devrait être une déclaration parentale sans indication sur les raisons de leur décision. Cette déclaration a, cependant, déclenché la réaction de l’archevêque Hieronymus de l’Eglise orthodoxe de Grèce qui a parlé de la ministre adjointe avec dédain. Il a notamment souligné que la déclaration d’Anagnostopoulou ne reflète pas la politique du Gouvernement, mais celle "d’une femme qui a certaines idées en tête". Pour lui, la Constitution, qui stipule que l’enseignement primaire et secondaire doit avoir un caractère "chrétien", ne peut être contestée sur ce point. Il estime également que "les Grecs doivent devenir sérieux et ne pas prêter attention à ces absurdités".
La réunion subséquente entre le ministre de l’Education et des Cultes, M. Nicos Philis, et l’archevêque a clairement montré que le Gouvernement ne veut pas réellement modifier le cadre légal actuel. Il semble que le Gouvernement de coalition, en dépit du discours pro-laïque du parti Syriza, est réticent à mettre cette question, ou toute autre question controversée liée à la religion, à l’ordre du jour.

Konstantinos Papastathis
  • Deux évolutions juridiques importantes concernant les questions liées directement à des affaires religieuses en Grèce ont eu lieu d’avril 2014 à novembre 2014

- Loi 4301 relative à « l’organisation de la forme juridique des communautés religieuses et de leurs fusions en Grèce ». La loi établit une nouvelle forme juridique en droit privé, à savoir la « personnalité religieuse », pour les communautés religieuses qui ne bénéficient pas du statut de personnalité juridique en droit public (c’est à dire l’Eglise orthodoxe, les communautés juive et musulmane). La loi prévoit également la liberté absolue en matière d’administration interne pour les communautés sous le statut de « personnalité religieuse », de même que la procédure pour en faire la demande auprès des autorités judiciaires. Elle définit le cadre réglementaire de leur administration financière et de la gestion des bâtiments et des institutions religieuses. Dernier point, mais non des moindres, la loi reconnaît les Eglises catholique romaine, copte, éthiopienne, arménienne, anglicane parmi d’autres Eglises en tant que « personnalité religieuse sous le régime du droit privé » et met ainsi un terme à un problème persistant de la législation grecque (pour plus d’informations voir, en grec).

- La loi 4283 offre des privilèges importants en matière fiscale, financière et administrative la communauté monastique du mont Athos (plus d’information ici, en grec).

Konstantinos Papastathis
  • 1er mars 2006 : La crémation légalisée en Grèce

Le 1er mars 2006, le parlement grec a voté la légalisation de la crémation en Grèce. La loi a été proposée par dix députés provenant des partis conservateur, socialiste et de gauche. Les demandes d’incinération sont de plus en plus nombreuses en Grèce, les cimetières se trouvant très souvent surpeuplés. La loi est le résultat d’une série de pressions, provenant pour l’essentiel de groupes pour la défense des droits de l’homme, qui affirment que la crémation est un élément fondamental du droit à la liberté religieuse. Ceci est particulièrement important, compte-tenu du nombre croissant d’étrangers d’origine non-chrétienne vivant actuellement en Grèce.
La crémation est donc devenue une option légale, essentiellement pour ceux dont l’appartenance religieuse permet la crémation (étrangers ou Grecs) ; dans ce cas, la crémation est autorisée sous réserve d’une demande écrite de la personne décédée ou d’un membre de sa famille. Pour les personnes dont la religion n’autorise pas la crémation (notamment les orthodoxes), cette option reste cependant problématique puisque la loi du 1er mars 2006 a lié l’autorisation de la crémation à l’appartenance religieuse de la personne décédée. L’Eglise de Grèce est historiquement opposée à la crémation et l’Archevêque Christodolos a bien confirmé que la foi orthodoxe autorise seulement l’inhumation/enterrement des morts. Il n’est pas rare pour des membres du clergé orthodoxe de refuser de célébrer les obsèques religieuses des personnes ayant choisi la crémation (ou également pour des personnes ayant opté pour un mariage civil sans mariage religieux).
Puisque la crémation était jusqu’à présent illégale, il n’existait pas de crématoriums en Grèce, et donc tous ceux qui choisissaient cette option devaient prévoir le transport du corps à l’étranger (généralement en Bulgarie ou Roumanie). Il est maintenant prévu de construire deux crématoriums en Grèce (un à Athènes et un à Thessalonique).

Lina Molokotos-Liederman