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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe

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2016

  • Août 2016 : Centre taoïste unique en Suisse prêt à voir le jour

Le taoïsme, tradition chinoise millénaire célèbre pour son concept de taiji (yin et yang), pourra bientôt être pratiqué et découvert à Bullet, dans le canton de Vaud. De quoi réjouir les quelques centaines d’adeptes en Suisse, et les dizaines de milliers de personnes qui pratiquent une ou plusieurs branches du taoïsme, telles que le feng shui, le tai chi ou encore le yi king. Accepté par les autorités régionales et soutenu par les autorités locales et les organismes touristiques, ce projet du centre taoïste Ming Shan à 5 millions de francs suisses verra le jour en 2018. Le chantier a débuté cet automne.

Le bâtiment sera construit en bois et selon les préceptes feng shui. Il renfermera non seulement trois salles pour la pratique des arts corporels, mais également une bibliothèque, un cabinet médical, un temple, une boutique, un dortoir, des chambres contenant une trentaine de lits et un restaurant de soixante places.

Fabrice Jordan, acupuncteur et président de l’Association taoïste suisse à l’origine de ce projet, insiste sur la vocation intégrative de ce centre. Il ne s’agira donc pas d’une structure uniquement axée sur le taoïsme, mais d’un centre favorisant de bonnes relations entre différentes religions et philosophies. A cette fin, des séminaires seront organisés plusieurs fois par année, auxquels des représentant/e/s et adeptes d’autres religions seront conviés. Parallèlement, le centre Ming Shan entend agir dans le domaine de la prévention en matière de santé, à travers des modules abordant les questions du burnout, de l’obésité ou du vieillissement.

  • Juillet 2016 : Crise institutionnelle au sein de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud

Au mois de juillet dernier, des tensions au sein de L’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) ont défrayé la chronique. Un pasteur de la ville de Lausanne a en effet mené une grève de la faim de 23 jours pour protester contre son licenciement ainsi que celui de six autres de ses collègues au fil des deux dernières années. Cette crise qui secoue l’institution religieuse vaudoise peut être comprise à la lumière des récentes évolutions du statut de l’Eglise en Suisse.

Jusque dans les années 1990, l’engagement des pasteurs par l’Etat n’était pas contractuelle. Ensuite, la forme contractuelle entre Etat et pasteurs a remplacé cette forme d’indépendance dont ils bénéficiaient. Or, depuis 2007, c’est désormais au niveau cantonal que le contrat est établi : le rôle d’autorité d’engagement a été attribué au Conseil synodal, représentant de l’EERV, dans le cadre de la loi sur le personnel de l’Etat de Vaud. Le Règlement ecclésiastique de 2009 dispose que le Conseil synodal, en tant que "représentant de l’EERV dans son rôle d’employeur", a pour compétences d’"adopter la stratégie générale en matière de ressources humaines sur la base des principes définis par le Synode et de gérer les ressources humaines."

A ce titre, l’EERV s’est pourvue de l’Office des ressources humaines (ORH), responsable des mouvements de postes. Fort de ses compétences, l’ORH a licencié sept pasteurs depuis 2014, pour des raisons variées, telles que le refus de changements de postes ou une attitude jugée déloyale face aux médias. Provoquant des réactions indignées et d’autres collègues ayant fait part de leur sentiment d’être "peu entendus ou maltraités" par l’ORH, la création d’une commission de traitement des litiges a été décidée par le Synode (organe délibérant). Parallèlement, des plaintes ont été déposées par les pasteurs licenciés. Le 4 novembre, l’un d’eux s’est déjà vu désavouer par le Tribunal des Prud’hommes qui n’a retenu aucune charge contre l’EERV, la gestion des RH ayant été jugée conforme au droit du travail.

  • Juin 2016 : Musulmans et musulmanes : nouvelles cibles du racisme en Suisse

Le racisme envers les musulmans a augmenté de 11% depuis 2014. C’est ce qu’indiquent les résultats du rapport publié par la Commission fédérale contre racisme.

Cette statistique ne concerne cependant que les victimes de racisme qui sont entrées en contact avec l’une des 14 structures du Réseau de centres de conseils pour les victimes de racisme. Sur 239 cas de racisme signalés, 53 concernent des musulmans. David Mühlemann, chef de projet, indiquait dans une interview de la Tribune de Genève : « Désormais une plainte sur cinq enregistrées dans un centre de conseil concerne des musulmans. On verra d’ici deux ou trois ans si cette tendance persiste ». La majorité des victimes restent en outre des personnes d’origine africaine.

Les auteurs du rapport expliquent cette augmentation des manifestations hostiles à l’égard des musulmans par les mouvements migratoires, le conflit syrien et la crise des réfugiés, ainsi que les actes terroristes perpétrés au nom du groupe Etat islamique (EI) ou revendiqués par lui.

  • 13 juin 2016 : Ouverture du Centre islam et société à Fribourg

Malgré les oppositions du parti de l’Union Démocratique du Centre de Fribourg (voir débats 2014), le Centre islam et société de Fribourg a été inauguré le 13 juin 2016.

L’UDC fribourgeoise avait déposé, en 2015, une initiative visant à interdire l’ouverture de ce centre. Jugée anticonstitutionnelle par le Grand Conseil, l’initiative n’était pas passée en votation populaire. Rappelons que l’UDC est à l’origine de l’initiative anti-minaret de 2009 (voir débats 2009).

Ce centre de compétences, rattaché à l’Université de Fribourg, propose un cursus axé sur la réflexion sur l’islam en Suisse et le dialogue interreligieux, en offrant notamment des outils de connaissances sociologiques et législatifs. En revanche, le Centre ne formera pas d’imams, contrairement à ce qu’affirmaient ses opposants de l’UDC.

  • Juin 2016 : Programmes radio et TV sur la religion « sauvés »

En novembre 2015, la Radio Télévision Suisse (RTS) annonçait la suppression de programmes religieux sur ses ondes (voir débat 2015). Huit mois plus tard, soit en juin 2016, un compromis a été trouvé et la majeure partie de ces programmes seront maintenus. Ce sauvetage in extremis est le résultat de négociations importantes entre les trois partenaires (la RTS, Cath-Info et Médias-pro) ainsi que de la mobilisation du public à travers une pétition signée par plus de 25 000 personnes.

"Nous sommes satisfaits de la conclusion des négociations qui font crédit à la demande du public et au contexte financier tendu qu’affronte la RTS. Le renouvellement de la convention entre les partenaires est un signe encourageant pour nos institutions et nos collaborateurs", écrivaient Bernard Litzler et Michel Kocher, respectivement directeurs de Cath-Info et de Médias-Pro, dans un communiqué paru le 24 juin 2016.

Cet accord conclu entre les trois entités contient toutefois quelques changements : alors que trois des quatre émissions radios sont maintenues, la quatrième est supprimée pour être remplacée par une nouvelle émission de décryptage religieux. Les deux émissions de télévision seront quant à elles fusionnées, et le nombre d’offices religieux télévisés diminuera d’un tiers en 2017.

  • Avril 2016 : Etude sur la langue, la religion et la culture : premiers résultats

L’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié les premiers résultats tirés des données récoltées en 2014 pour l’Etude sur la langue, la religion et la culture. Cette enquête est unique et inédite en Suisse : elle permet, pour la première fois, de fournir des informations fiables et élargies sur la religion et la spiritualité, entre autres. En effet, plus de 15 000 personnes âgées de 15 ans et plus ont été sondées dans trois langues nationales, c’est-à-dire allemand, français et italien sur une trentaine de questions. L’enquête sera désormais menée tous les cinq ans, afin de fournir des données longitudinales.

Les questions relatives au volet "religion" concernent les thématiques suivantes : appartenances religieuses, pratiques telles que participation aux services religieux et prières, croyances, importance de la religion et de la spiritualité, ainsi que quelques points de vue sur la diversité religieuse en Suisse. Les premiers résultats ont été publiés cette année sous la forme d’une brochure intitulée "Pratiques et croyances religieuses et spirituelles en Suisse".

En ce qui concerne le paysage confessionnel suisse, entre autres résultats marquants, nous pouvons relever que les musulmans sont ceux qui comptent la plus grande part de la population issue de la première génération (80%) ainsi que de la deuxième génération (14%). A l’inverse, les protestants comptent le plus grand nombre de personnes non issues de la migration. En termes de pratiques, les évangéliques sont les plus assidus aux services collectifs puisque plus de 70% d’entre eux s’y rendent au moins une fois par semaine. De la même manière, 85% d’entre eux prient au moins une fois par jour. Ce sont les musulmans, après les sans confessions, qui sont les moins pratiquants. En revanche, ils rejoignent les évangéliques en ce qui concerne la croyance en un dieu unique (90%). Finalement, notons que les Suisses romands (partie francophone de la Suisse) recourent le plus souvent à un/e guérisseur/guérisseuse et que la religion ou la spiritualité revêt une importance toute particulière dans les moments difficiles de la vie.

Pour prendre connaissance de tous les résultats, cliquez ici.

22 novembre 2016