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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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2015

  • Novembre 2015 : Radio et TV : suppression de programmes religieux

La Radio Télévision Suisse (RTS) évoque des raisons budgétaires pour expliquer la suppression, prévue pour 2017, de trois programmes religieux. Afin d’économiser 11.4 millions de francs suisses ente 2016 et 2018, les émissions radio « A vue d’esprit » et « Haute fréquence », ainsi que le magazine télévisuel « Faut pas croire » ne figureront plus au programme de la RTS. Cette décision aurait pour conséquence la suppression de 50% du personnel de la rubrique RTS Religion, alors que les économies qui doivent être réalisées ne représentent que 3% du budget total de la RTS.

Le magazine hebdomadaire « Faut pas croire » aborde, en vingt-six minutes, des questions tant éthiques et philosophiques que religieuses. Alimenté de débats actuels et de reportages, il s’adresse au grand public suisse romand (francophone). Quant aux deux émissions radio, « A vue d’esprit » propose un contenu axé sur la spiritualité alors que « Haute fréquence » traite de thématiques parfois dérangeantes dans le domaine religieux au fil d’interviews.

Cette annonce a provoqué un véritable tollé, tant sur les médias sociaux qu’au sein de l’équipe rédactionnelle concernée et de deux institutions chargées de la responsabilité éditoriale, Cath-Info (catholique) et Médias-pro (protestant). La collaboration entre la RTS, Cath-Info et Médias-pro date des années soixante. Les premiers magazines religieux – exclusivement chrétiens – ont débuté en 1964. Quarante ans plus tard, leur contenu s’est élargi au domaine interreligieux.

Sur Facebook, on peut notamment lire que « par les temps qui courent, ce n’est pas le moment de supprimer le peu d’émission religieuse de la TV » et que ce choix est « scandaleux ». Une inquiétude partagée par Mgr Alain de Raemy, évêque responsable des médias chargé d’encourager une présence catholique et œcuménique dans tous les médias suisses, qui estime qu’« il en va de la place que l’on donne à la dimension religieuse de l’homme en ces temps où la religion est si souvent et de si diverses manières d’actualité ».

En termes d’emploi, cela reviendrait à amputer de moitié le personnel travaillant pour la rubrique religieuse de la RTS. Un des collaborateurs s’exprime en ces termes : « L’état-major de la RTS n’a pas mesuré que nous sommes une véritable rédaction, avec des propositions fortes, une collaboration radio-TV transversale, des contacts précieux dans les milieux religieux ». Jean-Christophe Emery, responsable du service protestant de Radio RTS, estime que la disparition d’une rédaction spécialisée dans le religieux est profondément inquiétante.

  • Janvier 2015 : Reconnaissance de l’islam

En Suisse, les communautés religieuses peuvent être reconnues officiellement, impliquant certains droits et devoirs spécifiques (voir rubrique Statut juridique des religions). Or, cette reconnaissance n’est, pour l’instant, de loin pas octroyée à toutes les communautés religieuses établies en Suisse.

Deux modalités de reconnaissance
Les Églises nationales, soit catholique romaine et réformée, bénéficient d’un statut de droit public, tout comme la communauté juive dans certains cantons (les questions religieuses sont traitées au niveau cantonal et non fédéral). Cette forme de reconnaissance est également appelée « grande reconnaissance ». Cela signifie que l’État assure, selon la Constitution, les moyens matériels pour le fonctionnement des institutions religieuses en question, notamment sous forme de subventions et de versements de salaires aux représentants.

La « petite reconnaissance », quant à elle, assure une reconnaissance d’intérêt public de communautés religieuses qui bénéficient alors de certains droits plus restreints que la première forme de reconnaissance : possibilité de proposer un enseignement religieux dans les écoles par exemple. C’est le cas des Alévis dans le canton de Bâle-Ville, une communauté issue de l’islam (pour plus d’informations, voir les modalités de reconnaissances)

Avancées timides de la reconnaissance des musulmans
Depuis fin 2012, la communauté alévie est la première et la seule communauté musulmane à bénéficier d’une reconnaissance, certes restreinte, mais officielle. Ce peu de reconnaissance peut surprendre, sachant que l’islam est, numériquement parlant, la deuxième religion de Suisse, après les deux confessions chrétiennes majoritaires (réformée et catholique) . En janvier 2015, deux organisations de musulmans ont annoncé vouloir préparer leur candidature pour cette reconnaissance d’intérêt public : l’UVAM (Union vaudoise des associations musulmanes), organisme faîtier de 15 organisations, et le CIL (Centre islamique de Lausanne). Mais le climat peu favorable à l’islam et aux musulmans en raison du contexte international inquiète le président de l’UVAM, Pascal Gemperli, un Schaffhousois converti.

La question étant traitée au niveau cantonal, Bâle-Ville et Vaud sont les cantons concernés par ces futures demandes et devraient dès lors servir de « laboratoire pour les musulmans en quête d’un statut » . Le canton de Vaud a, pour sa part, publié un document listant de nombreuses conditions précises pour accéder à cette reconnaissance d’intérêt public, rappelant que celle-ci ne donne pas droit à des subventions, à l’inverse de la reconnaissance de droit public.

Enjeux de la reconnaissance
Selon Philippe Gardaz, juriste de l’Institut de droit des religions à l’Université de Fribourg, les organisations qui s’engagent dans une procédure de demande de reconnaissance peuvent être des « ponts d’intégration » . En effet, les organisations candidates à la petite reconnaissance sont soumises à un contrôle des autorités cantonales sur une durée de 5 ans et doivent prouver leur respect de nombreux principes, tels que la démocratie, les droits humains, les libertés fondamentales, etc. Sans compter le processus qui précède la prise de décision cantonale, qui aura duré 2 ans pour les Alévis.

Même si l’étape vers une reconnaissance de droit public (« grande reconnaissance ») est encore bien loin, ce débat relancent les questions liées aux différents avantages qu’une telle reconnaissance représente : formation des imams (à défaut d’engager des imams étrangers, pas toujours aux faits des islams en contexte suisse), la rémunération d’aumôniers musulmans dans les prisons et hôpitaux (aujourd’hui majoritairement bénévoles, contrairement aux aumôniers chrétiens rémunérés par l’État) et l’accès au registre des habitants (qui permettrait une prise de contact rapide avec les nouveaux arrivants musulmans).

Voir :
- Behloul S. M., Lathion S., « Les musulmans et l’islam en Suisse : les multiples facettes d’une religion du monde » in Baumann M., Stolz J., La nouvelle Suisse religieuse. Risques et chances de sa diversité, Genève, Labor et Fides, 2009.
- Zünd C., « Les musulmans en quête d’intérêt public », art. du 2 février 2015, Le Temps.

15 décembre 2015