eurel

Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

Tweeter Rss

Accueil > Turquie > Débats actuels > Archives des débats > 2014

2014

  • Octobre 2014 : L’introduction des cours de théologie chrétienne dans les programmes des écoles en Turquie

L’enseignement de la religion à l’école a toujours été une question épineuse en Turquie, en particulier pour la communauté alévie, une branche hétérodoxe de l’islam. Des plaintes ont été exprimées par des ressortissants turcs alévis, concernant le contenu des cours de religion et de morale obligatoires dans les écoles, qui sont basés sur la compréhension sunnite de l’islam. Suite à cela, en septembre 2014, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu un verdict, déclarant que le système éducatif turc n’est pas encore en mesure d’assurer le respect des différentes convictions, et que la Turquie doit réformer son enseignement des programmes d’études religieuses dans les écoles.
Le gouvernement turc a critiqué le verdict en exprimant la nécessité de l’enseignement des valeurs morales pour prévenir une information religieuse qui serait néfaste et incorrecte. En ce début du mois d’octobre 2014, le ministre de l’Education nationale Turque a déclaré que l’enseignement de la théologie chrétienne serait inclus dans le programme des écoles pour les élèves issus de milieux chrétiens. Il a également annoncé la préparation d’un programme d’enseignement religieux par des citoyens juifs.

Source : Daily Sabah.

  • 22 septembre 2014 : le port du voile est désormais autorisé dans les lycées en Turquie

A la suite de la réunion du Conseil des Ministres du 22 septembre 2014, à Ankara, le porte-parole du gouvernement et vice-Premier ministre Bülent Arinç a annoncé que le règlement concernant les interdictions et les autorisations vestimentaires a été modifié. Selon les explications d’Arinç, le terme de « tête découverte » présent dans le paragraphe « e » de l’article 4 du règlement, ainsi que la dernière phrase de ce même paragraphe, ont été abrogés.
Ce changement est présenté comme une mesure destinée à élargir les libertés individuelles ; il a été cible de vives critiques. L’opposition laïque estime qu’il s’agit d’ un acte visant à renforcer l’islamisation du pays, en soulignant que les libertés ne sont élargies que dans un seul domaine.

Pour en savoir plus voir Le Nouvel Observateur.

  • 16 septembre 2014 : la CEDH appelle la Turquie à réformer l’enseignement obligatoire de la religion dans le système éducatif turc

A la suite de la mise en place de cours de religion obligatoire en Turquie, 14 citoyens turcs de confession alévie avaient demandé en 2005, la révision du programme d’enseignement de la culture religieuse et morale en tenant compte de la culture et de la philosophie alévie. Face à l’absence de réponse du ministère de l’Education, les mêmes avaient fait appel auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) en 2011, estimant que le contenu des cours obligatoires de culture religieuse et morale mettait en avant l’approche sunnite de l’islam.
Le 16 Septembre 2014, la CEDH a donné son verdict en appelant la Turquie à réformer l’enseignement religieux à l’école. Rappelant que le système éducatif turc devait garder sa neutralité et son impartialité sur les questions religieuses afin de garantir le respect des différentes convictions, la CEDH a condamné la Turquie pour violation du droit à l’instruction. La cour a estimé que la Turquie devait rapidement mettre en place des moyens appropriés pour remédier à cette situation, en instaurant un système de dispense donnant un caractère facultatif à ces cours.
Suite à la décision de la CEDH, le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a affirmé que la décision de la CEDH sera examinée par l’exécutif turc, tout en rappelant l’importance de l’enseignement d’une culture religieuse appropriée. L’arrêt sera définitif dans un délai de trois mois, si aucune partie ne demande d’ici-là son réexamen par la Grande chambre de la Cour.

Pour en savoir plus : Le Nouvel Observateur, Radikal (en turc).

  • Le mouvement des musulmans anticapitalistes de Turquie : un nouveau type d’action religieuse contre le pouvoir

Ces dernières années, on a pu constater l’apparition d’une nouvelle mouvance politico-religieuse sur la scène publique, en Turquie. Il s’agit du mouvement des musulmans anticapitalistes, dont la doctrine résulte du croisement de l’idéologie marxiste et du Coran. La participation de ces derniers à de nombreuses mobilisations sociales, tel que le mouvement de Gezi, le 1er Mai 2013, témoigne d’ une réappropriation du discours de gauche par les musulmans anticapitalistes. Par ailleurs, la participation d’activistes provenant de diverses sensibilités de gauche à la cérémonie de « rupture de jeûne » (yeryüzü sofrasi, iftar) organisée par les musulmans anticapitalistes témoigne du succès et de l’ampleur que prend ce mouvement.
Dans un article intitulé « Appartenir à l’islam sans paraître musulmans : le dilemme des alévis en Turquie » (Orient XXI, 23 Janvier 2014), Samim Akgönül propose une analyse de ce mouvement de l’islam politique : « Depuis que l’islam politique est au pouvoir, et surtout depuis l’émergence d’une génération de musulmans intellectuels urbains, l’islam politique perd son caractère monolithique. Il abrite plusieurs tendances opposées. Un des exemples les plus surprenants de cette multiplicité des facettes de l’islamité politisée est l’émergence d’un groupe de jeunes musulmans qui s’opposent violemment au parti au pouvoir, le Parti pour la justice et le développement (AKP), principal représentant de l’islam politique en Turquie. Ces musulmans anticapitalistes reprochent au pouvoir islamiste d’être plus capitaliste… qu’islamiste. […]
Les musulmans anticapitalistes turcs sont souvent des jeunes issus des couches populaires, politisés à l’université, familiarisés avec les idées marxistes mais qui continuent à se définir comme musulmans. La conciliation entre une appartenance marxiste et une appartenance musulmane convaincue se fait à travers un certain nombre de principes islamiques interprétés comme fondements d’une position solidaire, sociale, socialiste et surtout anticapitaliste. Ce groupe ne s’oppose pas seulement au capitalisme de l’AKP. Il rejoint sur bien des points les autres mouvements politiques de la gauche socialiste et/ou libérale. […] ».

23 février 2013