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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe

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2015

  • Avril 2015 : Intégration contre Ségrégation

La Kúria (Cour suprême) de Hongrie a clos un dossier hautement controversé concernant la Sója Miklós Greek Catholic School (école grecque-catholique Sója Miklós) du quartier de Huszár à Nyíregyháza. Le conflit entre l’autonomie religieuse et la politique d’égalité de traitement en matière d’éducation constitue le contexte de cette question juridique.

Dans un quartier défavorisé de Nyíregyháza (une municipalité de l’est de la Hongrie), l’Eglise grecque-catholique a repris une école maternelle et une école primaire qui, faute de quoi, auraient été définitivement fermées. La zone dans laquelle est située l’école est peuplée majoritairement par une communauté rom vivant dans la pauvreté. En 2012, une action en justice est déposée au tribunal de Nyíregyháza par une organisation appelée Chance for Children Foundation (CFCF) qui portait plainte à propos de l’enseignement séparé. La plainte semblait fondée puisque les écoliers sont issus exclusivement de familles rom. CFCF a soutenu que l’Eglise grecque-catholique devait renoncer à l’école, qu’elle ne devait plus accepter de nouveaux élèves de première année. Par conséquent, l’institution serait fermée et les enfants répartis et intégrés parmi des enfants non rom dans d’autres écoles primaires de la ville. Tandis que de nombreux parents ont envoyé leurs enfants dans d’autres écoles, certaines familles de la ville ont insisté pour conserver l’école locale.

Ce litige a soulevé un nombre de questions essentielles. Qu’est-ce qui est dans l’intérêt supérieur de l’enfant ? La CFCF a plaidé en faveur de l’intégration et de l’égalité de traitement. L’Eglise grecque-catholique a souligné le pouvoir d’une éducation attentive, patiente et sur mesure prodiguée par des enseignants charismatiques.

Pour ce qui est des faits, presque tous les enfants sont Roms. Ceci n’est pas intentionnel mais une simple conséquence de la situation géographique de l’école. Les parents n’ont pas été forcés d’envoyer leurs enfants dans l’école locale (en fait, la majorité a envoyé ses enfants dans d’autres écoles intégrées). L’Eglise a le droit de dispenser un enseignement religieux même si, dans la pratique, seuls les croyants d’un seul groupe ethnique souhaitaient faire usage de cette offre. Nul ne contestait que les enfants issus d’un environnement frappé par la pauvreté devaient être traités avec une attention particulière, et parfois il est extrêmement difficile de mener ceci à bien (certains doivent faire face à des violences familiales au quotidien par exemple). C’est pourquoi, ces problèmes doivent être gérés par une pédagogie professionnelle quelle que soit l’école. Il faut apprendre à ces enfants les règles d’hygiène de base ; d’autres handicaps du même type peuvent aussi compromettre les chances d’intégration dans des écoles mixtes. Fülöp Kocsis, le métropolite de l’Église grecque-catholique hongroise, a déclaré que le plaignant a mal interprété la fonction de l’école. Depuis sa nomination en 2008, l’évêque caresse le rêve que la pastorale rom et l’intégration sociale aillent de pair. Un établissement scolaire religieux constitue la meilleure idée et le meilleur moyen pour atteindre cette objectif. D’autre part, la CFCF a argumenté que lorsque seuls des élèves roms étudient au sein d’un établissement, il s’agit forcément d’un cas de ségrégation. Ni le libre choix des parents, ni la nature religieuse de l’école ne peuvent constituer une excuse à la ségrégation.

En première et en seconde instance, le plaignant a gagné son procès, mais le défendeur s’est pourvu en appel devant la Cour suprême. Finalement, la Cour suprême a rejeté la requête de la CFCF le 22 avril 2015. La Cour suprême n’a trouvé aucun grief à l’encontre de l’école primaire grecque-catholique Sója Miklós et a déclaré que son fonctionnement était légal.

La CFCF recherche désormais des forums européens pour continuer son combat contre l’école grecque-catholique.

Janvier 2015 : la protection du repos dominical est étendue

Avec l’émergence de la liberté de marché après la chute du régime communiste, la fonction de jour de repos universel du dimanche a pratiquement disparu. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, tous les principaux magasins restent ouverts les dimanches. Seul un nombre limité de jours fériés ont été définis comme des dates de fermeture obligatoires.

Dès 2015, la protection du repos dominical universel sera renforcée tandis que la plupart des magasins devront fermer les dimanches. Seules les entreprises familiales seront exemptes, sous réserve que leur surface soit inférieure à 200 m2 et que seuls les membres de la famille, et non les employés, travaillent les dimanches. Une dispense est également prévue pour les zones touristiques. Le ministre en charge du commerce a le droit d’octroyer d’autres dispenses. Les employés de ces magasins auront droit à un double salaire pour le travail du dimanche (loi CLXIV/2005, modifiée en 2014). Très peu d’arguments religieux ont été mentionnés lors du débat concernant cette modification. L’accent a été mis sur les droits des employés, le sujet au premier plan des débats.

La nouvelle loi est largement perçue comme une mesure destinée à orienter le commerce vers les petits magasins au lieu des supermarchés. Les arguments religieux ont à peine été exprimés alors que les conséquences possibles sur le commerce, l’emploi et les taxes ont été largement débattues. Les groupes de l’opposition considèrent souvent la mesure comme l’approbation du programme des démocrates chrétiens, le parti mineur présent au gouvernement qui attend un renforcement des liens familiaux grâce au repos dominical. Certains ont même appelé à un référendum sur la question. La nouvelle législation entrera en vigueur le 15 mars 2015. Le renforcement des dimanches en tant jour de repos universel peut être considéré comme un autre rejet de la tendance internationale à la libéralisation par la Hongrie.

13 mai 2015