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La théologie dans l’enseignement supérieur

L’article 87 de la loi n° 273-FZ du 29 décembre 2012 sur l’éducation de la Fédération de Russie contient aussi des dispositions concernant l’enseignement de la théologie dans les organisations* de l’enseignement supérieur et les établissements d’enseignement confessionnels (séminaires etc.).

L’enseignement supérieur en Russie comprend une spécialité « théologie » dont le programme national officiel a été adopté par l’arrêté du ministère de l’Education du 2 mars 2000. Cette spécialité permet l’enseignement des faits religieux, l’histoire et les doctrines, sans tenter de convertir les étudiants à une religion ou les former à devenir ministre du culte. Par ailleurs, le programme national officiel prévoit également des diplômes universitaires en « étude des religions » (religiovedenie) – (voir la rubrique « Russie/ Enseignement et recherche »).
On estime que l’enseignement de la doctrine orthodoxe ou musulmane dans le cadre du cours universitaire de « théologie » a un caractère laïque, tandis que son enseignement dans un séminaire ayant pour but la préparation des futurs prêtres est considérée comme une instruction religieuse. La différence entre la « théologie laïque » et la « théologie confessionnelle » est soulignée par la différence des termes en russe : le cours universitaire de « théologie » est désigné par le mot d’origine grecque theologia, alors que le cours enseigné dans les séminaires est désigné par son équivalent russe bogoslovié (bog=theos, slovo=logos). Ces deux mots ont jusqu’à présent été compris comme des synonymes, mais aujourd’hui on essaie d’en souligner la différence : l’un comporterait un caractère laïque et l’autre un caractère religieux.
Le bilan de l’enseignement de la théologie dans les organisations publiques d’enseignement supérieur est mitigé. En Russie, la science théologique prospérait traditionnellement dans les établissements d’enseignement religieux professionnel. Même à l’époque de l’Empire russe, elle était absente des universités laïques. Aujourd’hui, ceux qui ont suivi le cours universitaire de « théologie » ne peuvent pas être assimilés aux étudiants des séminaires, puisqu’ils n’ont pas eu de formation religieuse et ne sont pas en mesure de diriger un office religieux. Malgré cela, certains experts laïques spécialistes des religions perçoivent la théologie universitaire comme une bogoslovié masquée.
Selon les alinéas 5 et 6 de l’article 87 de la loi sur l’éducation de la Fédération de Russie, les professeurs qui dispensent les cours de théologie dans les universités doivent obtenir une recommandation de l’organisation religieuse centrale correspondante. Ces organisations religieuses prennent également part à la préparation des cours et à la rédaction des programmes et manuels de théologie universitaire, mais aussi de ceux relatifs aux « fondements des cultures religieuses et de l’éthique laïque ».
En Russie, il n’y a pas de reconnaissance des diplômes de l’enseignement supérieur confessionnel en tant qu’équivalents de diplômes délivrés par les organisations publiques d’enseignement supérieur. Les diplômes et les grades des universités confessionnelles sont uniquement valides au sein de la confession concernée.
La loi fédérale n°14-FZ du 28 février 2008 a complété par ailleurs l’article 19 de la loi de 1997 sur la liberté de conscience et les associations religieuses en précisant qu’il est possible d’enseigner les disciplines laïques dans le cadre des programmes de l’enseignement confessionnel. Sur la base d’une certification officielle (« attestation ») du ministère de l’Education et de la Science, l’enseignement supérieur confessionnel peut ainsi obtenir le droit de délivrer également un diplôme de l’enseignement supérieur reconnu par l’Etat.
Il en résulte qu’un séminariste pourra obtenir deux diplômes : le diplôme de l’enseignement supérieur confessionnel (bogoslovié) qui n’a de valeur qu’au sein de l’Église et, en même temps que ce diplôme ecclésiastique, le diplôme universitaire d’historien, de philosophe, etc. - à condition bien sûr qu’il ait suivi avec succès les deux cursus. En réalité, les séminaires et académies orthodoxes préfèrent obtenir la certification officielle pour la spécialisation « théologie » (universitaire) ou « études des religions », car son contenu coïncide sur plusieurs points avec les cours ecclésiastiques, ce qui permet d’éviter une double charge pour les étudiants.
L’alinéa 9 de l’article 87 de cette même loi confirme le droit des organisations religieuses centrales d’établir dans les établissements d’enseignement religieux des programmes d’enseignement supérieur conformes aux directives de l’Education nationale.
Selon l’alinéa 10 de cet article, le contenu des programmes d’enseignement religieux et la formation des ministres du culte dans les établissements d’enseignement confessionnels restent de la compétence interne des organisations religieuses.
D’après les données officielles, il existait au 1er avril 2014 56 organisations d’enseignement confessionnelles de l’Église orthodoxe russe, 109 musulmanes et 27 protestantes.

* On a récemment supprimé l’appellation juridique précédente d’« établissement de l’enseignement supérieur » pour les universités.

4 septembre 2014