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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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2013

  • Octobre 2013 : Conflits à propos de la construction d’une mosquée à Leipzig

Des voix s’élèvent contre le projet de construction d’une mosquée Ahmadiyya dans le quartier de Gohlis à Leipzig. Jusqu’à présent, les membres de la communauté Ahmadiyya se retrouvaient dans un appartement privé pour prier. Les principaux arguments des adversaires du projet sont du type : « Ce sont des musulmans, ils commettent des crimes d’honneur, des meurtres au nom de leur religion, nous n’avons pas à leur offrir de mosquée ». D’autres estiment que ce projet va accroître la circulation, le bruit... ou craignent des nuisances et des échauffourées avec le voisinage. Le parti d’extrême-droite NPD y a vu une opportunité et a appelé à une « manifestation contre l’islamisation et la présence excessive d’étrangers » début novembre 2013. On a pu assister sur les réseaux sociaux (Facebook…) à un déchaînement de violences verbales anti-islamiques, tandis que des pétitions en ligne contre la construction ont déjà recueilli plusieurs milliers de signatures.

Pour plus d’information, voir Leipziger Volkszeitung.

Sylvie Toscer-Angot

  • Juin 2013 : Pour la première fois en Allemagne, une organisation musulmane est reconnue comme corporation de droit public

En juin 2013, une association musulmane, la communauté Ahmadiyya Muslim Jamaat, a été reconnue pour la première fois comme corporation de droit public, et ce, dans le Land de Hesse. Cette décision a été accueillie avec une certaine réserve par les autres organisations ou fédérations musulmanes, la plupart d’entre elles ne reconnaissant pas les Ahmadis, un mouvement réformiste musulman fondé en Inde à la fin du XIXe siècle, comme des musulmans.
La communauté Ahmadiyya Muslim Jamaat devrait ainsi pouvoir bénéficier de nombreuses prérogatives au même titre que les Eglises chrétiennes, la communauté juive, les Témoins de Jehovah etc... qui bénéficient déjà d’un tel statut. Si elle ne songe pas pour l’instant à prélever un impôt, comme elle serait désormais en droit de le faire, en revanche, elle souhaiterait ouvrir des cimetières musulmans, notamment à Hambourg où elle est bien implantée. La communauté ahmadiyya compte quelque 35 000 membres en Allemagne et gère une trentaine de mosquées sur l’ensemble du territoire. Elle assure également les cours de religion islamique à l’école primaire dans le Land de Hesse.

Pour plus d’information, voir Die Zeit et Der Spiegel.

Sylvie Toscer-Angot

  • 28 mars 2013 : Les musulmans d’Allemagne demandent deux jours fériés pour les fêtes musulmanes

L’une des associations de musulmans d’Allemagne, le Conseil central des musulmans en Allemagne (Zentralrat der Muslime in Deutschland) a demandé au gouvernement fédéral l’inscription dans la loi de deux jours fériés du calendrier religieux : un jour pendant la période du ramadan et un pour l’Aïd el-Fitr, la fête du sacrifice qui clôture le mois de jeûne. Cette mesure ne serait pas imposée d’office à tous les citoyens, mais permettrait aux musulmans de prendre des jours de congés pendant leurs fêtes religieuses. L’Allemagne compte environ quatre millions de musulmans. Pour eux, cette décision leur permettrait d’être mieux intégrés et tolérés dans la société allemande.
Pour l’instant, seule la ville-Etat de Hambourg, régie par le SPD, a conclu un accord avec les musulmans leur permettant notamment de pouvoir prendre trois jours fériés (voir les débats actuels d’automne 2012). Les partis conservateurs CDU et CSU s’inscrivent contre ce projet en avançant que l’Allemagne n’a pas de tradition ou de culture islamique et que son calendrier repose sur une tradition chrétienne occidentale, sans compter que la mesure serait trop coûteuse à financer. Pour le SPD, par contre, une reconnaissance des fêtes juives et musulmanes serait une bonne chose car les personnes de ces confessions font partie intégrante de la société.

Pour en savoir plus : Le Figaro et Die Welt

  • Février 2013 : Les hôpitaux catholiques de Cologne se prononcent pour prendre en charge les victimes de viol et leur autoriser la pilule du lendemain

Une vive polémique a éclaté au mois de janvier dernier en Allemagne lorsque deux cliniques catholiques de Cologne ont refusé de prendre en charge une victime de viol qui demandait la pilule du lendemain (Die Welt). La ministre de la santé, Barbara Steffens, a qualifié cette affaire de « scandale » et une réunion a été convoquée pour éclaircir la situation en Rhénanie-Palatinat. Le ministre régional de la santé Alexander Schweitzer et l’Union des hôpitaux catholiques se sont donc rencontrés le 14 février en présence de l’évêque de Mayence Karl Lehmann. Le même jour, un communiqué a été publié précisant que les victimes de viols ont toujours été accueillies par les hôpitaux catholiques et qu’un traitement « empêchant la conception sans effet abortif » pouvait leur être prescrit. Non seulement les victimes de viol bénéficieraient d’une aide psychologique, mais on leur fournirait également des informations nécessaires sur la contraception d’urgence. Des formations prenant en compte les aspects médicaux, éthiques et juridiques seront proposées au personnel hospitalier, pour leur permettre d’évaluer la situation de manière responsable. La décision finale de la patiente devra être respectée.

  • Janvier 2013 : Le débat sur la circoncision en Allemagne

Une loi fixant un cadre légal pour la circoncision rituelle a été adoptée le 20 décembre 2012, afin de mettre un terme à plusieurs mois de polémiques et d’incertitude juridique créée par l’interdiction, par le tribunal de grande instance de Cologne en juin 2012, de cette pratique à des fins religieuses. L’affaire remontait à 2010, et avait été provoquée par une circoncision pratiquée sur un jeune Tunisien de 4 ans, qui avait dû être envoyé aux urgences en raison de complications survenues deux jours après l’opération. Le parquet avait alors porté plainte contre le médecin devant le tribunal d’instance de Cologne. Ce dernier avait jugé l’opération conforme au « bien-être de l’enfant ». Le procureur avait alors fait appel auprès du tribunal de grande instance qui avait relaxé le médecin en raison d’une situation juridique peu claire, tout en déclarant en même temps que la circoncision représentait « une blessure corporelle, passible de poursuites pénales » et une atteinte au « droit d’un enfant au respect de son intégrité physique ». L’affaire a suscité un fort émoi en Allemagne parmi les musulmans et les juifs qui y avaient vu une violation de la liberté de conscience.

Pour information : article dans Die Zeit et Die Süddeutsche Zeitung.

Sylvie Toscer-Angot
4 novembre 2013