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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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2006

  • Décembre 2006 : revendications alévies et ’neutralité’ de l’État turc

Depuis le mois de décembre, l’actualité religieuse de Turquie tourne principalement autour de la question des alévis. Ces derniers, adeptes d’un islam hétérodoxe avec des éléments syncrétiques, font l’objet d’un débat intense quant à la gestion officielle du fait religieux.
La Direction des Affaires religieuses étant exclusivement une institution sunnite, certaines voix s’élèvent depuis l’ouverture des négociations avec l’UE pour réclamer une prise en compte de l’alévisme, au nom de la nécessité d’une position neutre de l’État.
Dernièrement, deux développements ont eu lieu dans ce domaine. En ce qui concerne les cours obligatoires d’instruction religieuse dans les écoles secondaires, un certain nombre d’alévis, arguant qu’il s’agissait principalement d’un cours sur le sunnisme, réclamaient le droit d’en être exemptés. Une première : le vice-président de la Fédération des Associations Alévies-Bektachies Ali Kenanoglu a obtenu une décision de justice : il a obtenu le droit pour son fils de ne pas suivre ces cours (voir les quotidiens turcs du 26.11.2006). D’autres requêtes ont été déposées depuis, et un dossier est toujours en cours d’examen à la CEDH.
Pour contrecarrer ces plaintes et satisfaire aux exigences européennes, le gouvernement turc a décidé d’intégrer la présentation de l’alévisme dans les programmes de ces cours obligatoires. Dans le même temps, la Direction des Affaires Religieuses a décidé de publier 17 livres fondamentaux de l’alévisme. Cette décision a attiré les foudres d’une partie des alévis qui restent méfiants à l’égard d’une intervention étatique. Les alévis sont en effet très divisés sur la question des relations avec l’État.

  • Novembre 2006 : la visite du pape en Turquie : un bénéfice pour le Vatican, pour le gouvernement turc et le Patriarcat grec orthodoxe

L’actualité la plus médiatisée pour la Turquie fut la visite du Pape Benoît XVI à Ankara, à Éphèse et à Istanbul, entre le 28 novembre et le 1er décembre 2006.
Selon la plupart des observateurs, cette visite fut une réussite pour le Vatican. Il est vrai que, contrairement à son prédécesseur, Benoît XVI montre plus d’intérêt pour l’œcuménisme que pour le dialogue islamo-chrétien. Ainsi, à l’origine, l’objectif principal de la visite était d’amorcer un rapprochement avec le Patriarcat grec-orthodoxe. En ce sens, la visite a rempli cette attente, dans la mesure où Benoît XVI et Bartholomeos 1er ont pu afficher des positions proches et ont célébré une messe commune.
Il est évident qu’après les déclarations de Ratisbonne, la visite du Pape en Turquie avait aussi pris un autre sens. Là aussi, les attitudes réconciliatrices du Pape - qui alla jusqu’à prier en personne dans la Mosquée de Sultan Ahmet - et des responsables turcs (le Premier ministre a accueilli personnellement le Pape, le directeur de la Direction des Affaires religieuses l’a rencontré...) ont amélioré l’image du Pape dans le monde musulman.
Enfin, le Patriarcat grec-orthodoxe sort également renforcé de cet épisode : il montre qu’il a à la fois un rôle spirituel à jouer dans le monde chrétien, mais aussi un rôle politique à jouer au niveau international. Ainsi, ses responsabilités sont beaucoup plus importantes que celles d’une Eglise locale, statut dans lequel les autorités turques aimeraient le cantonner.

29 décembre 2006