eurel

Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe

Tweeter Rss

Accueil > Suisse > Débats actuels > Archives des débats > 2010

2010

  • Février 2010 : l’initiative populaire suisse contre la construction de minarets, analyse et débats

Le 29 novembre 2009, l’initiative populaire interdisant la construction de nouveaux minarets en Suisse a été acceptée par 57,5% de « oui » et avec un taux de participation de 53,4% des électeurs inscrits. Cette initiative avait été lancée à la suite de controverses concernant des projets de construction de minarets dans des villes suisses alémaniques (en particulier à Wengen). Elle a été principalement soutenue par des politiciens de l’Union démocratique du centre (UDC, parti politique de droite) et de l’Union démocratique fédérale (UDF, parti politique évangélique conservateur), tandis que le gouvernement, la majorité du Parlement ainsi que la majorité des grandes organisations politiques et religieuses recommandaient de refuser l’initiative (voir article dans Religioscope).

Le résultat de la votation montre (et rappelle) qu’il existe des craintes et des interrogations vis-à-vis de l’islam. Le minaret a été transformé en marqueur d’une prétendue islamisation de la Suisse redoutée par de nombreux Helvètes. Cette focalisation sur un symbole a eu pour effet de dissimuler les enjeux réels du scrutin. Comme le dit bien Mallory Schneuwly-Purdie, sociologue des religions, ce n’est pas sur un aspect architectural que le peuple suisse a voté, mais bien sur un système de valeurs (article de Le Matin du 30.11.2009). Cette votation pose surtout la question de la "visibilisation" et de l’intégration de l’islam en Suisse : en sont pour preuve les multiples débats sur la question de l’islam (burqa, voile, etc.) et plus largement les nombreuses polémiques, tant en Suisse qu’à l’étranger.

L’analyse VOX fournit plusieurs indices explicatifs des résultats du scrutin. Si le résultat élevé de la votation peut s’expliquer par une xénophobie latente ainsi que par une critique acerbe des politiques d’immigration de la part des votants, l’analyse montre également que le 40% des personnes généralement favorables à une Suisse ouverte et tolérante a aussi voté en faveur de l’initiative.

Le niveau d’études apparaît comme un indicateur déterminant dans le résultat du vote : plus le niveau de formation est élevé, moindre est le soutien à l’initiative moindre. L’étude VOX révèle aussi qu’il n’y a pas de différence significative dans le comportement de vote selon le genre et l’âge. En effet, il était supposé qu’un grand nombre de femmes de gauche voteraient pour l’interdiction de la construction de minarets par crainte d’un recul dans l’accès à l’égalité. Celles-ci y ont en effet été favorables, mais à 16%, alors que les hommes de gauche étaient plus nombreux à l’approuver (21%). Cette différence s’inverse lorsque l’on considère les votants de centre-droite : 87% des femmes de centre-droite ont voté pour l’interdiction et 71% pour les hommes. Finalement, il est intéressant d’observer que les chrétiens dans leur ensemble (tant protestants que catholiques) ont ratifié l’initiative à 60%, alors que les personnes " sans religion" l’ont principalement rejetée.

Pour plus d’informations sur la votation et sur les débats qui s’en suivirent, voir :

- Rapport VOX
- Religioscope, article de Jean-François Mayer
- Groupe de Recherche sur l’Islam en Suisse
- euro-islam
- Hebdo.ch
- Tsr.ch
- articles du 27.10.09 et du 03.12.09 dans la Gruyère

6 avril 2010