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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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Islam

Présence musulmane en Suisse

La réalité musulmane en Suisse a une histoire très jeune. Ce n’est en effet que dans le courant des années 1960 que l’on peut dater l’établissement des premières populations de confession musulmane. L’islam a rencontré la Suisse à travers quatre principales étapes : une immigration économique, une immigration politique (demandeurs d’asile et réfugiés politiques), le regroupement familial et les ’nouvelles générations’ (conversions et musulmans nés en Suisse de parents musulmans).

Caractéristiques de l’islam et des musulmans de Suisse

L’islam en Suisse a quelques caractéristiques qui lui sont propres : tout d’abord, il s’agit d’un islam européen de tradition. En effet, 89.6 % des musulmans de Suisse sont d’origine européenne (la Turquie étant considérée ici comme appartenant au continent européen). Les musulmans issus des Balkans représentent 56.6% des musulmans de Suisse et les Turcs 20.2%. Le nombre de musulmans des autres pays européens (de l’Union Européenne, notamment) s’élève à un peu plus de 3 465 personnes, soit 1,1%. On relevera ici que les musulmans arabophones (Maghreb et Moyen-Orient), malgré leur importante présence médiatique, ne représentent que 5.6% des musulmans de Suisse (17608). Cet élément soulève à juste titre la question de la représentativité de leurs discours et de leurs revendications, étant donné qu’à contexte culturel différent, le rapport au religieux est également différent.
Une seconde caractéristique de l’islam en Suisse est le faible pourcentage de Suisses de confession musulmane. Si les musulmans de nationalité suisse représentent 11.75% (36 481) de la population musulmane (310 807), ils ne constituent que 0.6% de la population helvétique totale (7 288 010). Relevons encore ici que les musulmans de Suisse représentent un pourcentage non négligeable de 4.3% de la population helvétique totale. Ce dernier pourcentage, relativement bas en comparaison avec d’autres pays européens, s’explique par la prééminence dans l’accès à la nationalité de la filiation par le sang sur le droit au sol (Loi fédérale sur l’acquisition et la perte de la nationalité suisse du 29 septembre 1952, art. 15).

L’implantation urbaine est une troisième caractéristique des populations musulmanes. En effet, ces dernières sont davantage installées dans les cantons possédant de grands pôles, soit politique (Berne, 28 377), soit économique (Zurich, 66 520), soit pharmaceutique (Bâle, 23 696), soit international (Genève, 17 762), soit industriel (Argovie, 30 072). Mais ces données cantonales sont à prendre avec un peu de recul lorsque l’on constate que les musulmans représentent 4.3% de la population suisse, et que des grands cantons comme Berne ou Vaud n’atteignent pas cette moyenne (BE, 2.9%, VD, 3.9%) alors que Saint-Gall ou Glaris la surpassent (SG, 6.1%, GL, 6.5%).

Une quatrième caractéristique est la quasi-parité entre les sexes : alors qu’en 1970, la Suisse abritait 67.5% d’hommes pour 32.5% de femmes, en 2000 cet écart s’est considérablement réduit. Les femmes représentent désormais 45.4% et les hommes 54.6% de la population musulmane.

Ensuite, les musulmans de Suisse constituent une population jeune, voire très jeune : les musulmans de moins de 15 ans, donc scolarisés, socialisés et enracinés en Suisse, représentent 91 948 personnes, soit près d’un tiers de la population musulmane. On relèvera également que 5 229 d’entre eux avaient moins d’un an en 2000. Quelques additions permettent aussi de souligner que les musulmans de moins de vingt-cinq ans constituent à eux seuls quasiment la moitié (151 815) de la population musulmane de Suisse.

Enfin, la population musulmane en Suisse est une population largement active - au sens professionnel du terme- ou en tout cas en âge de travailler. En effet, 211 010 d’entre eux sont en âge d’exercer une activité professionnelle rétribuée. Il est donc pertinent de relever que plus des deux tiers des musulmans de Suisse participent à l’économie helvétique par leur engagement au niveau professionnel d’une part, mais également par le fait qu’ils sont des consommateurs, qu’ils paient leurs impôts et cotisent pour les retraites.

Si l’islam représente aujourd’hui la seconde confession de Suisse, il ne bénéficie d’aucune reconnaissance formelle de l’Etat (statut de droit public ou prérogatives cantonales). Toutefois, les musulmans font aujourd’hui usage de l’article 23 de la Constitution suisse qui leur donne le droit de s’associer. Ainsi, même s’il existe d’énormes dissensions au sein des associations musulmanes, le tissu associatif musulman devient de plus en plus actif et essaie de s’organiser de façon autonome, sinon en un organe représentatif, du moins en un interlocuteur identifiable pour les autorités communales, cantonales et pourquoi pas fédérales.

Concernant la formation des imams en Suisse, une étude qualitative a été menée sur la base d’interviews réalisées auprès de 100 représentants de communautés et d’organisations islamiques ainsi qu’avec des individus musulmans et à partir de l’analyse des positions des institutions publiques concernées. Les auteurs relèvent que les « deux parties » sont favorables à une formation des imams et des enseignants d’instruction religieuse islamique sur le sol helvétique.

Ulrich Rudolph, Dorothea Luddeckens, Irma Delacombaz, Andrea Lang, Formation en Suisse des imams et des enseignant-e-s en religion islamique ?, Université de Zürich, 2009 : Rapport final.

L’organisation des associations musulmanes dans la sphère publique en Suisse a également été l’objet d’une étude dirigée par la Professeure Mounia Bennani-Chraïbi. L’enquête de terrain se base sur des entretiens et des observations menées à l’intérieur d’une cinquantaine d’organisations locales, cantonales et nationales. Les associations locales voient le jour en vue de répondre aux différents besoins sociaux auxquelles la population musulmane peut être confrontée. Elles s’investissent alors prioritairement dans la satisfaction de ces demandes : prière, se retrouver ensemble, transmission de la langue et la culture d’origine, conseils juridiques, aumônerie… A un niveau cantonal et national, les organisations se créent alors dans un mouvement davantage réactif envers les politiques d’intégration de l’État et en réaction à la construction de l’islam en tant que problème dans la sphère publique et médiatique.

Mounia Bennani-Chraïbi, Sophie Nedjar, Samina Mesgarzadeh, L’émergence d’acteurs associatifs musulmans dans la sphère publique en Suisse, Université de Lausanne, 2010 : Rapport final .
Pour en savoir plus : Panorama de l’islam en Suisse sur le site du Groupe de recherche sur l’islam en Suisse (GRIS) ;
Rapports du Centre Suisse Islam et Société (CSIS, en français ou en allemand).

A la suite de la votation du 29 novembre 2009 qui acceptait l’interdiction de construire des minarets, l’absence notoire de voix musulmanes dans les débats est apparue dans les débats comme un facteur principal expliquant le résultat imprévu de cette votation. Au lendemain du vote, un groupe de musulmans s’est alors rassemblé en vue de former le RAMIS (Rassemblement Musulman pour l’Intégration en Suisse) dans le but d’organiser la communauté musulmane et de devenir un interlocuteur visible et accessible entre musulmans de Suisse, citoyens et pouvoir politique.

8 octobre 2012