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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe

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2007

  • Mars 2007 : Les icônes dans les écoles publiques – brève histoire explicative

Pour comprendre la signification, dans la société roumaine contemporaine, de ces débats concernant la présence des icônes dans les écoles publiques roumaines, il faut rappeler quelques aspects de l’histoire récente de la Roumanie.
En 1989, dernière année de la dictature communiste, la société roumaine était marquée par un conflit entre la propagande athéiste officielle et l’immense potentiel spirituel et religieux qui alimentait, en cachette, l’espoir de liberté. La foi religieuse représentait la seule forme de résistance de la population au régime politique oppressif. La chute du régime communiste, en décembre 1989, a favorisé la présence des manifestations et aspirations religieuses dans les événements publics, le comportement religieux étant le plus souvent la preuve évidente de la libération du communisme et de ses conséquences sur le psychisme et le comportement humains. La religion a souvent été utilisée pour re-légitimer certaines personnalités publiques ayant appartenu à l`ancien système politique. Aucun événement public (dans la sphère de l’administration ou de la politique) ne commençait, à l’époque, sans la présence au moins d’un prêtre qui adressait des prières d’intercession pour le succès de l’action ou des activités de l’institution inaugurée. L’Eglise orthodoxe regagnait le prestige qui la caractérisait auprès du public avant l’instauration du régime communiste en 1948 et garantissait, par son autorité, la formation des institutions démocratiques de l’Etat roumain, du Parlement, du Gouvernement, des partis ou des institutions politiques. Dans ces conditions, des cours de religion ont été réintroduits dans les programmes scolaires, sur le modèle qui existait pendant la période de l’entre-deux guerres, avant l’avènement du pouvoir du communisme, en quelque sorte comme une réparation morale de la culture et de la spiritualité roumaines.
Bien que la religion ait été une discipline optionnelle pour les élèves des écoles primaires et des lycées après 1990, son introduction dans les programmes scolaires annuels s’est réalisée sans aucune opposition du corps enseignant ou de l’administration scolaire.
Sans législation spécifique, sans professeurs spécialisés et sans manuels scolaires, la religion a été le plus souvent enseignée par un prêtre ou par des étudiants en théologie dans les localités où fonctionnait une faculté de théologie. Ainsi, une forme populaire d’enseignement de la religion dans les écoles s’est-elle développée sous la forme d’heures hebdomadaires de catéchisme pour les élèves. Pour respecter la diversité religieuse du pays, dans les régions où la majorité de la population n’était pas orthodoxe, la religion enseignée était celle de la majorité religieuse. Petit à petit, des icônes ont été suspendues dans les écoles publiques aux murs des salles de classes, des laboratoires ou dans les espaces d’accès. Par excès de zèle, dans certains cas, une simple photocopie d’une icône devenait une nouvelle icône, en dénaturant ainsi la signification spirituelle et en diminuant son importance religieuse orthodoxe.
En estimant que la présence des icônes dans les écoles affecterait la liberté de l’élève dans le choix de la religion, Emil Moise, professeur de philosophie dans un lycée de la ville de Buzau, demanda en 2006 au Ministère de l’éducation et de la recherche d’interdire la présence des icônes orthodoxes dans les écoles publiques. Son action, motivée par le respect de la liberté de foi et de religion de chaque citoyen, a déclenché un débat public sans précédent, enflammant tant la classe politique que les intellectuels et la société civile, sans oublier l’Eglise orthodoxe roumaine. Celle-ci a vu dans l’action du professeur une démarche athée anti-orthodoxe qui visait, selon les représentants de l’Eglise, l’amoindrissement de la foi orthodoxe parmi les élèves. De nombreux débats ont eu lieu à la fin de 2006 et au début de 2007. Même si d’autres problèmes sont au centre des préoccupations de la population, le climat conflictuel concernant l’enlèvement des icônes des écoles publiques persiste et semble encore alimenter, avec nombre d’arguments, les débats.

  • Février 2007 : le Parlement de la Roumanie et certaines ONG sont opposés à l’enlèvement des icônes dans les écoles

La décision n° 323/21 de décembre 2006 du Conseil national pour le combat contre la discrimination (CNCD), qui recommandait au Ministère de l’éducation et de la recherche d’interdire les icônes dans les écoles, a généré d’amples controverses dans l’opinion publique roumaine. L’Eglise orthodoxe roumaine a réagi elle aussi par un communiqué de presse en précisant que "la présence des symboles religieux dans les salles de classe n’est pas le résultat d’une contrainte, mais la conséquence du désir et du consentement des parents, professeurs et élèves". Les cultes reconnus en Roumanie (l’Eglise romaine catholique, l’Eglise arménienne, le culte juif de Roumanie, le culte musulman, etc.) ont eu une position similaire et ont déclaré officiellement leur mécontentement concernant la décision du CNCD.
L’association Civic Media et plus de cent ONG ont eu la même attitude. De ce fait elles ont créé La Coalition pour le respect du sentiment religieux à laquelle se sont affiliés des milliers de personnes ainsi que des personnalités publiques. La Coalition a menacé de poursuivre en justice la décision n° 323 du CNCD.
Le Parlement Roumain a été lui-même impliqué dans cette controverse. En janvier 2007, suite aux protestations émises par plus de 150 ONG, membres de l’Académie roumaine, syndicats de l’enseignement, journalistes, professeurs, etc., la Commission pour l’enseignement de la Chambre des députés recommandait au Ministère de l’Education et de la recherche, la seule institution qui puisse prendre des décisions dans cette situation, de laisser la présence des symboles religieux et des icônes dans les écoles au libre choix des communautés locales et des parents.
Sur la base de cette recommandation, le Ministère de l’Education et de la recherche a refusé jusqu’à présent de donner une forme exécutoire à la décision n° 323 du CNCD et a sollicité le Parlement pour dire le dernier mot dans cette affaire.
Mais le conflit d’opinion est loin d’avoir pris fin. Emil Moise et ses partisans, en réplique au refus du Ministère de l’Education et de la recherche de mettre en application la recommandation du CNCD, ont menacé de porter plainte devant la Cour européenne de Strasbourg. Dans le camp adverse, on trouve l’Eglise orthodoxe roumaine et les autres cultes historiques officiellement reconnus, de nombreuses associations non gouvernementales, des personnalités et de nombreux intellectuels. Des associations comme Civic Media ont initié une ample campagne pour récolter des signatures en faveur du maintien des icônes dans les écoles.
Il faut remarquer qu’un tel débat n’est pas du tout étranger à l’Europe occidentale. On peut rappeler le problème de la présence des crucifix dans les écoles d’Italie, d’Angleterre, ou d’Allemagne où, en dépit des décisions judiciaires, les symboles religieux ont été conservés dans les espaces publics en vertu de la continuité de la tradition séculaire européenne.
Il est certain qu’exiger l’application de telles mesures, en imposant "par le haut" des décisions législatives visant l’interdiction des icônes dans les écoles publiques ne conduit pas à une solution conforme aux sentiments religieux de la population roumaine majoritairement orthodoxe.
Après 45 ans de dictature communiste pendant laquelle les icônes ont été éliminées des espaces publics par décision politique, la tentative de mettre à l’index ces symboles religieux si importants pour l’orthodoxie roumaine offense profondément la sensibilité religieuse du peuple roumain et peut être interprétée in extremis comme une attaque contre l’identité culturelle et religieuse du peuple roumain.

  • Décembre 2006 : les icônes dans les salles de classe des écoles publiques

Le 12 août 2006, Emil Moise, professeur de philosophie dans un lycée de Buzau (sud-est de la Roumanie), a présenté au Conseil national pour le combat contre la discrimination (CNCD), organisme gouvernemental, une requête concernant "l’enlèvement des symboles religieux dans les unités publiques d’enseignement".
Le geste du professeur a suscité débats et polémiques au sein de toute la société roumaine. Emil Moise précise dans la pétition sa position contre la présence des icônes dans les écoles publiques, affirmant qu’il n’est opposé ni à l’enseignement religieux dans les écoles, ni à la présence des icônes dans l’espace privé. D’après lui, les icônes accrochées aux murs des salles de classe représentent "une discrimination par rapport aux enfants appartenant à d’autres religions et une menace au droit à la liberté de conscience et d’option religieuse". L’auteur de la pétition parle aussi de "la violation de la liberté de pensée de tous les enfants de Roumanie, le but de l’école étant de former des personnalités autonomes qui, à leur majorité, puissent choisir, sans aucune influence, de conserver leur religion, de devenir athées ou d’adopter une autre religion” (V. Borza, "Moise nu vrea icoane în scoli" in Cotidianul, le 15 novembre 2006 ; C. Patrasconiu, "Bunul simt dupa Moise" in Cotidianul, le 15 novembre 2006).
La démarche du professeur Emil Moise a été soutenue par plusieurs organisations non gouvernementales qui ont présenté au CNCD une lettre ouverte de soutien. Celle-ci comportait d’autres arguments en faveur de l’initiative du professeur. Ont été invoqués l’article 4 de la Constitution de la Roumanie en ce qui concerne "l’égalité de traitement entre les élèves et les professeurs appartenant à des confessions différentes", et son article 29 interdisant l’ingérence de l’Etat dans la pensée, les opinions et les croyances religieuses. L’article 5 de la Déclaration de l’ONU concernant l’élimination de toute forme de discrimination a été mentionné également, ainsi que l’article 14 de la Convention sur les droits de l’enfant et la Loi sur les droits de l’enfant qui précise que les jeunes ont le droit de choisir seuls leur religion à partir de l’âge de 16 ans.
En réponse à la pétition présentée par Emil Moise, le CNCD a remis le 21 décembre 2006 sa décision n° 323 qui recommande au Ministère de l’Education et de la recherche d’interdire les icônes dans les écoles. Cette décision précise que "la présence illimitée et non contrôlée des icônes dans les institutions publiques d’enseignement constitue une violation du principe de la neutralité religieuse de l’Etat".

9 mai 2007